Écologie de la violence : Université et Alternative
Sources: enquêtes diverses
auprès de professeurs et d'élèves, compilations d'articles parus dans Esquire.
Whole Earth Catalogue et le Los Angeles Free Press: certains détails viennent
de publications du gouvernement canadien.
Dans un monde de
violence, l'université est une institution sociale consacrée à l'application et
à la transmission de cette violence. Bien que des efforts soient tentés
sporadiquement, la reforme de l'université n'est pas possible tant que


Question de base: l'université
est-elle une institution consacrée à la violence? Sa première fonction est de
déformer les étudiants pour les faire entrer dans tes moules et les rôles des
mécanismes économiques d'une société technologique. L'Université n'est pas une
industrie dont le produit ne serait laid qu'en surface, mais un système
cohérent et intégral de violence, et frauduleux. Il ne suffit pas d'analyser,
dans une université, le pouvoir, ses ramifications et ses usages, mais de
porter l'œil sur certaines violences, moins dramatiques peut-être mais plus
fondamentales que celles de la politique du pouvoir. Cette violence
profondément enfouie ne peut se voir qu'à travers une lentille faite de
métaphysique et de métaphores.
Sexe et
Opposition
De Freud au Front de Libération des Femmes, il est apparu à l’Occident que les erreurs de notre
culture ont leur source dans la complexité et le mystère du sexe. Pendant l'enfance: la répression et la distorsion des énergies sexuelles. A l’université: la répression et la distorsion des modalités sexuelles.
Pour construire une sorte de lentille,
faisons l'emploi d'abord d'un peu de
métaphysique.
Notre Culture relie d'une façon très dure les Opposés. Le Bien et le Mal n'existent que pour se
détruire
l’un l'autre.
Par exemple, le sexe. La même structure de valeurs se retrouve dans
les rôles
sexuels. La version officielle de la culture oppose l’Homme à
Les opposés se nient l'un r autre. Un homme fort ne
pleure pas. Une femme logique, ou musclée, est difforme. Les hommes refusent de
croire que leur poitrine est un organe sexuel tout autant que les seins des
femmes. Les femmes s'épilent. La douceur chez les hommes est considérée comme une faute. On a encore dû mal à accepter qu'une femme soit agressive.


L'homme se définit socialement par sa capacité à "gagner sa vie", i.e. exploiter
son environnement pour survivre; et la femme se définit par ses rapports avec ses enfants et un
homme qu'elle ne peut s'empêcher d'exploiter, par conséquence, pour affirmer son identité. Résultat: les femmes sont en général incapables d'exprimer la colère ou d'agir dans le monde; et les hommes
sont incapables de vraiment se soucier de ceux que leur travail touche et
transforme.
Le Tao
L'autre métaphysique, celle du Tao, ne s'occupe pas
d'opposés mais de
pôles différents dans une vraie unité. Le symbole en
est l'image du yin-yang. La lumière et Ia noirceur ne sont pas des états statiques, mais des processus qui se définissent l'un l'autre. Le jour et la nui
vivent dans les bras l'un de l’autre. La chaleur et le froid, le mouvement et
le repos, dépendent chacun de l’autre.
Dans le Tao, les pôles créent l’Un/l’Autre par leurs différences. Ce n'est pas un antagonisme irréductible qui les oppose, mais une tension
d'Interdépendance
qui les relie. Le but de l’être n'est pas la victoire, mais un devenir à partir de l'harmonie entre des qualités complémentaires, un mouvement intégral commencé bien avant lès pôles et qui s'exprime dans leurs jeux.
En termes de sexualité, nous sommes tous masculins et féminins dans le Tao. A la fois capables de
prendre le monde et de le recevoir, de créer et de subir, de commander et de suivre.
Le vagin peut être aussi un organe agressif, et le pénis aussi réceptif qu'une cavité transcendantale. Etre soi-même, c'est accepter l’harmonie des parties
complémentaires
en soi. L'homme apprend que sa force ne vient pas d'une tension continuelle,
mais au rythme entre la tension et le repos. La femme apprend que son amour est plus
profond, plus libre, si elle ne réprime pas sa colère.
Une fois les corps de l’un et de l’autre
noués ensemble, il serait nous être difficile de décider qui est l’un, qui est
l’autre, qui donne, qui reçoit.


Les noms anciens des pôles sont ying et
yang. On peut aussi les appeler mâle et femelle (ce qui ne veut pas dire homme
contre femme), les métaphores n’en seront que plus directes. Notre culture est par trop dominée par le principe mâle; trop de yang dans sa psychologie et ses
valeurs. Conditionnés à percevoir et à nous comporter selon l’opposition entre mâle et femelle et entre
toutes les polarités du yin-yang, et conditionnés de plus à découper cette opposition sur une ligne mortelle
qui sépare le
meilleur et le pire, le bon et le mauvais vivons dans un état de séparation qui n'est qu'une violence totale
faite aux choses.
Remplir
un cerveau
Une seule façon d'enseigner est en usage dans les
Universités: remplir
le cerveau d'informations.. Mais il existe une autre façon, d'enseigner, en créant un environnement et un contexte pleins
de richesses dans lesquels la croissance s'accomplit en suivant sa propre
direction.
Les instruments des rites universitaires
sont: la publication, le séminaire, qui impliquent une performance, un
débat.
Comportement rituel agressif mâle. Diagnostic sur l'université: trop de principe mâle. Dans ce déséquilibre, on apprend à l’esprit à n'être qu'un couteau qui analyse et dissèque, qui fragmente et divise.
Mais l’esprit a d'autres aptitudes qui
relient les choses, au lieu de
les séparer.
Des aptitudes qui opèrent des synthèses, des aptitudes à la création (notre langage peut difficilement
leur donner un nom, de la même façon que nous n'avons aucune façon efficace de les enseigner). Nous prétendons que la créativité est un mystère et nous nous contentons d'enseigner la
table de multiplication le mieux possible. Mais comme cette dernière, la
créativité a ses lois.
Lorsque l’esprit n’est plus que couteau,
son résultat, la connaissance, sort comme une viande hachée. L’admission dans
les élites intellectuelles nécessite une thèse, morceau de viande sur l’autel
de


L’Industrie de l'information
Une éducation basée sur l'information nécessite une classe dans laquelle la "connaissance" sera
transmise et distribuée comme sur une chaîne de production, sans rapports personnels,
et avec beaucoup de devoirs à faire à la maison... Dans l’usine qu'est une
classe, on produit des spécialistes. Dans cette usine les rôles se définissent par rapport à l'information: l'expert-spécialiste produit la marchandise, le
professeur la met en marché et en valeur, l'étudiant la consomme en silence.
(Si la connaissance existe à l'intérieur des personnes, il n'est pas nécessaire, pour la faire passer de
"ici" à "là", de l'isoler et de la transmettre: il n'y a qu'à établir des résonances entre les individus.)
Les miettes que découpe le contenu de l'esprit sont organisées selon le principe de
La fonction et la structure sociale de ces
sociétés fermées et parallèles sont bureaucratiques, hiérarchiques et, comme on devait s’y attendre, organisées selon les principes de
Ces distinctions entre plus haut et plus
bas, ces normes rigides de comportement,
elles apparaissent partout où les hommes préfèrent se concentrer sur ce qui les sépare, en oubliait de voir ce qui les
rapproche.
Dans la première cellule à la base de la pyramide politique des
Facultés et Départements, s'agite le simple professeur qui exerce son pouvoir dans son
territoire, limité à sa classe et sa spécialisation. (Voir: des barons qui
courtisent des ducs, un vieil orignal affrontant de jeunes prétendants au printemps.) Le corps
professoral est divisé selon le mode de production de chacun, que ce soit en
connaissances ou dans les horaires. Quel professeur visite un confrère en classe ou discute de psychologie
animale avec l'expert de
L'espace physique de chaque classe se
ressemble. Rangées sur rangées de petits bureaux bien droits, qu'ils soient rouges, gris, en
aluminium ou en verre; chaque petit bureau séparé de ses quatre voisins par un espace
toujours le même; et tous les petits bureaux dirigés vers l'avant pour que les yeux des élèves ne puissent rencontrer d'autres yeux
que ceux du professeur. C'est, du reste, l'unique façon de diviser et de contrôler un groupe.


L'architecture totalitaire
Le principe de l'architecture académique, aussi, trouve sa source dans
Lorsque deux personnes partagent la même cellule carrée, il n'y a pas vraiment de rencontre. Des gens en sardine
dans un espace restreint construisent des murs devant leur tourelle
d'observation intérieure, pour se protéger l’un de l’autre.
Un coup d’œil aux toilettes et l’on devine
que les dortoirs n’ont d’autre but que de séparer les hommes des femmes. Une
tel agencement oblige les deux groupes à se regarder à travers l’optique des
rôles sexuels, à ne voir dans l’autre qu’une fraction au lieu d’une personne
entière. Ce n'est point par
accident que les salons de dortoirs ressemblent aux chambres d'attente des
dentistes, et que ceux qui ont conçu l’architecture des classes sont les mêmes
qui ont conçu les prisons.


Aucune différence dans cette architecture totalitaire,
entre les universités, les hôpitaux, les prisons, les casernes, les habitations d'Etat. Ces édifices n'existent que pour trier les gens
selon les besoins du système économique. Uniformité, efficacité, aliénation. La surface des murs est dure, la
peinture inécaillable. La classe est conçue pour vomir ses occupants six fois par
jour, sans laisser de traces. Le ciment et le béton sont de première importance. L'institution n'est plus que
le bâtiment
rongé par le
lichen de la bureaucratie, au lieu d'être littéralement les gens qui y travaillent. De la
même façon, la connaissance humaine n'est plus
qu'une masse d'informations, dissociée des humains et s'accroissant à l'infini comme un réseau insensé d'édifices identiques.
Aujourd'hui, les étudiants reçoivent comme moule la forme du système d'information à autorité centrale. Mais demain les villes, l'économie, les industries et le pouvoir de la
prochaine culture seront décentralisés. L'apprentissage du changement deviendra
façon de
vivre.
L'architecture nous dit qui nous sommes, ce
qu'il y a d'essentiel en nous, ce qui peuple nos rêves. Dans une chambre où on ne peut écrire son nom sur les murs, le message en est
un de passivité. L'environnement n'interagit pas avec nous et nie notre présence.
La classe
La classe est un endroit d'aliénation. Et justement, pourquoi pas? Le but de l'éducation supérieure, en plus d'être la transmission de l’information, n'est-il pas de conditionner les étudiants socialement? Pour survivre le système a besoin de robots conditionnés à
survivre à certains stimuli sociaux et non à d'autres. On implante l'autorité à l'intérieur des personnes et entre elles. L'ordre
social, l'architecture, l’information, crée un climat qui hurle chaque jour à
l’étudiant : adapte toi à moi"


Dans chaque classe moyenne règne un professeur moyen qui répète avec ses sujets les slogans officiels de
l'idéologie
intellectuelle et sociale du Département/Discipline. Dans cette arène, dédiée à la pensée plutôt qu'à l'action, on entraîne l'esprit à divorcer de l'émotion et du sentiment. Les plus hauts
raffinements sont apportés à cet entraînement. Les horaires, le curriculum vitae et le diplôme leur apprennent à fragmenter leur attention et leurs énergies; à se diviser eux-mêmes, aussi bien que leur travail, en
parties; à être capables de production standardisée; et à retarder la réaction et la jouissance, ce qui les oblige à réprimer leurs besoins et leurs potentiels.
La classe est un endroit où il faut se battre. Se battre pour une
bonne note, un sourire du professeur, une bourse, un diplôme, le pouvoir. Cette compétition est celle des primitifs qui se
battent lorsqu'il n'y a pas assez de nourriture pour tout le monde. Cette compétition sépare et aliène les gens. L'atmosphère de la classe est celle de la peur.
Punition/récompense;
succès/échec; chaque mouvement est jugé. L'Université est totalitaire.
Dans
Ce jeu s'appelle aussi Capitalisme. Il
isole la personne du contrôle de sa production, du sens de son travail
(l’aliénation)
et la sépare de
ses frères et
sœurs et de l'Autre pour la garder
impuissante. Toutes les institutions du Capitalisme opèrent dans ce sens: conquête, domination, exploitation.
Séparation de
l’un et de l'Autre: Mort
Tout
remettre ensemble
Il n’est pas très responsable de critiquer seulement. Cette
vision de l’Université qui nous fait voir tout le principe de séparation
derrière ses institutions implique aussi une action à accomplir: tout remettre ensemble. |


Proposons donc une technique de ré-union, possible, dans de petits groupes.
Il est très important, dans un contexte
d'apprentissage, que les groupes soient petits. A l'université, on les appelle: classe et on les définit ainsi: a) groupe de personnes réunies au hasard de leur programme
respectif, b) sans aucune obligation d'engagement les unes envers les autres,
c) dont les rencontres en classe sont courtes et isolées, d) qui n'auront de contact avec les
autres que dans une seule dimension, de préférence intellectuelle, e) à l'intérieur d'une société centrée sur l'autorité f) dominée par un principe de motivation opérant selon le schéma punition/récompense, g) pour apprendre une fraction spécialisée de l'Information, h) acquise et connue
d'avance, i) et finalement pour être moulées selon une aptitude de conditionnement
social.
Répugnant
II faut, d'abord, inverser cette définition: groupe de personnes réunies dans un but et intérêt communs, qui choisissent de s'engager à se rencontrer plusieurs fois sur une période de temps indéterminée et qui détermineront de la forme et des limites que
prendra le groupe. Ils se rencontreront à tous les niveaux humains et essayeront
ensemble d'apprendre et de créer les connaissances de vie, générales et particulières, dont ils ont besoin.
Cette forme sociale de rencontre est
nouvelle dans notre culture, et on l'appelle de toutes sortes de façons: groupe de rencontre, famille de
travail, communauté d'apprentissage intentionnel, etc. les communes y ressemblent à un degré plus intense de conscience collective et d'artisanat .
Faire et
penser
II est essentiel d'intégrer l'expérience vécue et la pensée abstratie en pratiquant
l’apprentissage à l’intérieur des formes qui les font alterner de façon
concentrée. Ce processus va plus loin : pour réussir à intégrer des
parties divisées de la connaissance, il suffit de les relîer à l'intérieur d'une forme pratique de travail et de
discussion. Ces formes peuvent être mixtes. Rien nef nous empêche, par exemple, de coupler un atelier de
travail sur la politique et un discussion sur la sexualité. Les couplages permettent souvent aux
nouvelles idées de naître.


Ces méthodes de groupe finissent par dégager une conscience intégrale et une connaissance ancrée dans les deux domaines du
personnel/public et pensée/expérience.
Un groupe politique de Berkeley dut son
succès à cette méthode d'apprentissage hybride. Ils
passaient la moitié de leur réunion à s'amuser comme des enfants, et l'autre
moitié en
discutant d'idéologie et en essayant de traduire sous forme de théâtre populaire, leurs idées. Pour en arriver à faire revivre dans un autre médium la vérité de leurs sentiments politiques, il leur était nécessaire de comprendre au plus profond
d'eux-mêmes ce
qu'ils ressentaient. Leur théâtre les enrichissait par interaction entre
eux. Lorsque deux médias se rencontrent et s'interpénètrent, le contact dégage de l'énergie, du pouvoir. Tout monopole ou
isolement signifie mort.
L'émotion
Depuis que les éducateurs ont découvert que l'affect (par opposition au
concept) est important dans tout apprentissage, ils ont permis à une certaine forme d'émotion de revenir sur les campus. Mais pas
assez. Un réel apprentissage signifie changer personnellement, avec les conséquences affectives qui s'ensuivent.
L'Université ne se préoccupe pas de ces changements et laisse l'individu se débrouiller comme il peut, où il peut. Par contre, un groupe
d'apprentissage sain reconnaît sa responsabilité collective d’aider chaque personne à traverser les changements provoque en lui
l'apprentissage.


Contenant
et contenu
Un dernier mot sur le mode féminin du «
procédé ». La technique académique formelle ne s’occupe que de
contenu. Que ce soit à l’heure ou au semestre, la conversation ne s’intéresse
qu’à la substance cognitive plutôt qu’à la manière, le procédé.
Mais toute conversation est un contenant, une forme souple à l'intérieur de laquelle pousse et grandit quelque chose, un
environnement, non pas de briques mais de procédés. Si ces derniers sont en santé, la progression sera saine; sinon, elle
sera malsaine. Cette obsession du contenu et l'absence presque complète d'instruments verbaux, ou de conventions, pour traiter de ces procédés, reflètent bien encore, dans notre culture, une éducation totalement déséquilibrée.

La conscience de l'environnement et son entretien sont du
mode femelle. Tout apprentissage normal devrait alterner entre les deux modes:
par exemple, dans un groupe de rencontre, s'occuper d'abord du contenu ou de
toute activité dirigée vers un but, jusqu'à ce qu'il soit
nécessaire de passer à "la manière", en permettant à fa colère du groupe
de s'exprimer ou en changeant la façon de choisir
les leaders du groupe, pour ensuite revenir à une préoccupation
avec le contenu. Entre l'approche mâle et
l'approche femelle vers la connaissance, il faut établir un équilibre.
La santé et l'harmonie
dans l'apprentissage, dans un groupe, dans un individu doivent se comprendre et
opérer selon la vision du Tao, par un balancement et un jeu
entre les polarités: expérience/réflexion, création/ intégration,
action/repos, unique/mutuel, le MOL/ l'imagination.
Des alternatives
Si y a plusieurs façons d'éviter la violence. Chaque façon s'appelle une alternative.
Par exemple, cette utopie qu'explore Mainmise est une alternative.
Une alternative demande qu'on s'y intéresse et qu'on y travaille. Le réputé "drop-out"
peut se faire ou bien
dans une inaction totale qui, elle-même, se divise en extase ou ennui; ou bien, dans une société parallèle, tribu primitive de la nouvelle civilisation qui s'en vient.
« Drop-out » devrait signifier « au lieu de
me battre contre les forces de la mort, je me bats pour les forces de la
vie ». C’est là toute la différence entre le synthétique de notre société
démente et l’organique d’une vision qui ne voit et ne se rattache qu’à


Cet organique peut s'apprendre ou se vivre. Autrement dit,
on peut aller dans une école l'apprendre, ou daim une commune à vivre.
Voici donc quelques alternatives:
I - Créer une université libre
Choisir ou trouver des étudiants et des professeurs, dont certains seraient choisis
parmi ces étudiants, décidés à jouer le jeu de la scolarité selon de nouvelles règles plus
humaines et plus ouvertes. Elaborer de petits groupes de rencontre selon une série de sujets-matières choisis par
les étudiants et par eux seuls: la
connaissance doit avant tout répondre à un besoin réel. Par
exemple: religions orientales, survie en forêt, nutrition, développement
sensoriel, artisanat, ' musique, historique du mouvement, astrologie et
astronomie, techniques de thérapie
personnelle, drogues hallucinogènes, sociologie
des minorités sexuelles, etc. Organiser les
rencontres n'importe où, dans tout local libre et
disponible, en plein air, dans une cave, à la campagne,
dans la neige, etc. Requis: aucun argent, aucune bureaucratie, aucune
administration, aucun règlement, aucun examen, aucun ratage,
aucune compétition, aucun ennui.
II — L'Université, seul chez soi
II existe assez de livres sur tous les sujets pour qu'un
autodidacte convaincu n'ait pas à se plaindre.
Tout ce que vous voulez savoir, se trouve entre deux couvertures: il s'agit simplement
de vouloir aller le chercher sans qu'un autre, du haut de sa chaire, vous dise
de le faire.
Les livres sont un
medium d'informatîon. L'information est une chose
vitale, quand elle n'est pas apprise
pour elle-même. Les livres
sont des outils,
parmi tant d'autres, qui permettent de survivre. Les anciens sages de


Il faut apprendre à se servir des outils. Le danger de la
lecture réside, comme tous les dangers, dans l’excès. On peut se perdre dans
les livres comme dans une passion. Il faut
apprendre aussi à sortir
des livres après y être entré. Seul l'équilibre fait
avancer.
III- Diplômes subversif
s à l'université officielle
Pour celui qui ne peut pas se retirer et préfère prendre le chemin officiel,
il existe dans les universités certains cours qui peuvent être du plus grand intérêt pour
Droit: la meilleure arme défensive dans une société hautement civilisée et organisée demeure les manœuvres légales. Avec l’intensification de la répression policière et le nombre augmentant d'arrestations,
seul un bon avocat peut réussir à libérer un membre de la tribu. De plus, dans une société super légaliste, un diplôme en droit devient la meilleure arme
d'attaque pour changer cette société.
Géographie et Etudes Forestières: pour ceux qui croient vraiment à l'écologie, la science de la terre s'impose.
Bonnes chances de décrocher un poste gouvernemental où vous pourrez être utile. Et tout ce que vous apprendrez
sur les principes de conservation vous sera très utile, si jamais vous fondez une commune.
Administration d'hôpital: les communes et le mouvement ont
besoin d'aide médicale. Devenez médecin si vous le pouvez. Sinon, vous
pourrez apprendre en Administration d'hôpital beaucoup plus long sur la façon de fournir de bons soins médicaux que n'en sait le médecin moyen.
Education: C'est dans les écoles que se fait le grand lavage de
cerveau. C'est là où il faut rejoindre nos frères et nos enfants. Si les professeurs leur
apprennent à vivre au lieu de mourir lentement, notre culture aura plus de
chances de survie.
Génie, division sanitaire: avant d'étouffer sous nos dééhets et l’eau-et-l’air-pollués, il existe encore une solution: renverser
le mouvement et remettre de l’ordre dans nos excréments. Et si vous ne voulez
pas travailler pour la ville, les communes auront toujours besoin de vous.


Éducation physique: si vous pouvez survivre
à la monotonie, au manque d’imagination et au complexe de virilité (le syndrome
du gros mâle), ce
cours sera une excellente approche à l'écologie de l’organisme et vous serai utile
en termes de santé.
Architecture: les architectes apprennent la
science des matériaux. Les matériaux sont des outils. L'architecture, au
lieu de nous ensevelir sous le béton, peut nous ouvrir les splendeurs de la
matière. Les
individus et les communes auront besoin de vous. "L'architecture, c'est de
la musique gelée."
Agriculture:
IV — Communes
Tout le monde connaît un peu les utopies religieuses du passé dont les adeptes vivaient en commune.
Certaines sont, encore aujourd'hui, très prospères: les Hittites, par exemple, comptent 25,000
adeptes répartis
dans 170 communes en Amérique du Nord. Leur réussite s'explique par une organisation hiérarchique très rigide, appuyée sur des fondations religieuses et
ethniques intenses.
Au
contraire, les utopistes
modernes détestent
les hiérarchies et préfèrent l'anarchie: leur seule tradition
commune est la couleur de leur peau et leur origine sociale: blanc, classe
moyenne. Aucun héritage culturel précis ne les relie entre eux. Evidemment,
cela implique que la survie à long terme des utopies modernes es|
douteuse. N'en soyons pas si sûr! Il faut qu'une culture prenne naissance, soit fabriquée et vécue par quelqu'un, quelque part, avant d'être transmise. Et si l'on regarde autour de
soi, l’on peut voir qu'il y a, en effet, une
nouvelle culture en train de naître et de grandir un peu partout. Elle
n’est pas complètement originale puisqu’elle réunit des éléments aussi divers
que le folklore et la technologie moderne, le communisme cchrétien et le
mysticisme bouddhique.


Mais c'est justement à cause de tous ces emprunts que cette
nouvelle culture est unique. Elle est la première culture Globale et Mondiale,
la première culture à être vraiment transhistorique et transnationale. La nouvelle génération est la première dans l'histoire à avoir toute la connaissance du monde à sa disposition. Si elle ne va pas la
chercher à
l'université ou dans les universités libres, elle peut la trouver dans le
"Whole Earth Catalogue" (catalogue des outils humains).
Mais comment des communautés peuvent-elles survivre dans l'anarchie et
sans organisation? Il est évident que des compromis seront nécessaires: chaque commune sera peu
nombreuse; et une sorte d'union des tribus facilitera les échanges, les services, et assurera la
protection légale de tous ses membres.
La clé de voûte du succès de l'anarchie c'est l'autonomie
individuelle, sur le plan économique et psychologique. Indépendance économique en fabriquant soi-même ce dont on a besoin (c'est là tout le propos du "Whole Earth Catalogue"). Quant à l'indépendance psychologique, c'est-à-dire ne plus avoir besoin des autres pour
trouver un support social à son ego, elle peut être fournie par la drogue (c'est là sa fonction positive la plus importante),
par les groupes de rencontre,
Un groupe de gens fortement motivés de l'intérieur et ayant à leur disposition (dans la tête et dans les mains) la plupart des
techniques de survie ne peut que réussir à opérer efficacement malgré l'anarchie. Lorsque les gens ont moins de
besoins, ils ne volent pas, n'empruntent pas et ne quêtent pas.
Pour créer une commune, il faut:
a) des gens décidés à survivre par eux-mêmes et prêts à vivre ensemble;
b) un investissement initial plus ou moins
considérable
pour la location ou l'achat d'une terre avec bâtiments. On trouve encore dans les environs
de Montréal, et sûrement ailleurs en province, des fermes qui
se louent de $75 à $150 par mois. Le gouvernement canadien vend dans ses entrepôts de surplus d'armée des dômes géodésiques de Buckminster Fuller de


c) des connaissances artisanales e|
agricoles précises qui permettent de s’isoler rapidement du système économique citadin. Le meilleur instrument dans ce domaine demeure
ce monument génial consacré à l'ingéniosité humaine: le MWhole Earth Catalogue", inventaire
de tous les outils imaginés par l'homme pour vivre sur le globe: instruments, livres, jeux,
méthodes de
fabrication, etc.. etc. De "comment faire cuire un pain" à "comment fabriquer un orgue", en
passant par le manuel de réparation de Volkswagen et l'œuvre de
Teilhard de Chardin, tout y passe et tout y est. On peut se procurer le
Catalogue en anglais seulement, quoique, paraît-il, une version québécoise est en préparation.
d) de nouvelles techniques de libération individuelle et de rapprochement
entre les personnes. Les résidents d'une commune doivent pouvoir se débarrasser de leurs conditionnements sociaux
antérieurs et
apprendre à se
regarder et à se connaître selon des schèmes qui dépassent les catégories de la société normale (rôles sexuels, etc.).
V—Nouveaux Gitans
Les théories de l'histoire se présentent sous différentes couleurs: téléologiques, cycliques, dialectiques, et aléatoires pour ne citer que les teintes les
plus populaires. Mais, du point
de vue le plus efficace, on peut dire que ce qui arrive aujourd'hui, arrivera
aussi demain, plus cinq pour cent, comme le coût de la vie.
On peut réduire ce qui arrive aujourd'hui à deux
grands courants. A un niveau, les pouvoirs de production, les pouvoirs
de ceux qui "prennent des décisions" et les pouvoirs de coercition
(armée, bureaucratie,
etc.) deviennent de plus en plus centralisés au sommet de la hiérarchie industrielle et gouvernementale. Â un second niveau, la vie quotidienne
devient de plus en plus impersonnelle et transitoire. Cette simple théorie de
l’histoire nous permet de prédire que demain ressemblera de plus en plus à
aujourd’hui. Le premier grand courant devrait nous mener droit à une dictature,
du genre décrit dans le roman 1984 avec toute la rapidité d’une visite en
prison au Monopoly, sans passer par GO, et sans empocher $200. Le second grand
courant, lui, devrait avoir comme effet de pousser ceux qui ne veulent pas
aboutir au statut de non-personnes à disparaître, à devenir invisibles.


S'il est possible aujourd'hui de s'évader de notre société aliénée, technologique et technopathique (qui
souffre de la technologie), c'est grâce justement à l'existence de notre société aliénée, technologique et technopathique.
Notre société industrielle offre trois services qui
permettent aux néo-nomades de se glisser, invisibles, d'une ville à l'autre. Premièrement, le déménagement est maintenant chose si courante
(20 pour cent chaque année) que l'anonymat social est devenu une façon de vivre. Deuxièmement, Se côté magie blanche de notre technologie a créé récemment un "système-portatif-et-universel-de-survie"
(Life-Support-System) pour un prix assez raisonnable. Et enfin, troisièmement, le gouvernement et l'industrie ont
réservé des lopins de terre assez considérables dont ils ne se servent presque jamais et qui sont
parfaits pour la vie de nomade. Par exemple, l'espace sous les pylônes électriques à haut-voltage, ou les parcs et forêts du gouvernement dont seulement une
fraction est utilisée.
Le seul problème du néo-nomadisme (les libertaires) est à arriver à se débarrasser complètement de la vulnérabilité liée au contrôle par les autres, surtout l'Etat. Son principe fondamental est de
réduire au
maximum toute dépendance du système économique et de réaliser à son maximum la possibilité de se suffire à soi-même. En ceci le libertaire moderne n'est pas
différent du Communard moderne: les deux s'intéressent à l'horticulture, à la pêche, et ni l'un ni l'autre ne se trouveront
un job sauf en cas d'extrême nécessité.
Mais le nomade fait deux pas de plus: d'abord
il n'est aucunement intéressé à posséder un coin de terre comme les communards. Selon un nomade:
« un coin de terre est taxé jusqu’au bout, soumis à des tas de règlements, et sujet à l’expropriation sous
n’importe quel prétexte... Toute possession immobilière est indésirable si le fait de sa possession vous met en contact régulier
avec les représentants de Sa Majesté le gouvernement. On ne possède pas
vraiment ce qu’on ne contrôle pas ; il serait naîf de prétendre le
contraire ». Pour cette
même raison,
le libertaire nomade n’aime pas les autos et les camions qui, eux aussi, sont
soumis à l'inspection jet au contrôle du gouvernement. L’avant-garde du
mouvement travaille déjà à une façon de contourner aussi (cet obstacle.


Le nomade n'a pas du tout, comme le
communard, le sens de la communauté. Il est avant tout un individualiste. Au
contraire du communard, il ne recherche que des rapports temporaires et
contractuels avec les autres, si jamais il en recherche. Et ce n'est que
rarement qu'un nomade appellera un autre nomade "frère", comme la chose se fait dans les
communes. Le but de la tribu communautaire est de cultiver un "Nous"
océanique,
celui du nomade de dresser un "Je" autonome.
Chose amusante: les libertaires nomades se
recrutent dans les deux camps de l'extrême droite et de l'extrême gauche qui à la limite ne se distinguent plus.
Pour devenir un nomade, il faut:
a) un bon "packsack"
b) une bonne paire de souliers de marche
c) rompre tout lien
d) partir...
VI — Les Troglodytes
Ce ne sont pas tous les nomades qui se
satisfont de voyages sur les routes. La vulnérabilité du propriétaire de véhicule face à l'Etat les agace. Pour échapper à cet obstacle, l'avant-garde du mouvement a
trouvé un moyen
de supprimer tout besoin de mouvement autre que celui de marcher. Ils
raisonnent ainsi: il n'y a que trois directions possibles: vers le haut, latéralement et vers le bas. Voyager latéralement signifie que l'Etat contrôlera les terres et le moyen de transport.
Il n'y a plus qu'à aller vers le bas. Ce qu'ils font.
Cette nouvelle espèce s'appelle les "troglodytes".
Ils creusent des trous et disparaissent. Le troglodysme beaucoup
d’adeptes en ce moment mais leur nombre
augmente chaque année. Certains ont déjà creusé sous les terres publiques des
complexes impressionnants de chambres souterraines prêtes à recevoir des habitants en
cas d’urgence et destinées à devenir éventuellement le logis fixe de familles
complètes. Bien camouflées au-dessus, les habitations des troglodytes ont peu
de chance d'être découvertes par le gouvernement.


Les! troglodytes suggèrent à ceux quî veulent éventuellement les rejoindre de commencer
d'abord par le nomadisme motorisé. L'expérience leur sera très utile
puisque le troglodysme nécessite un
Investissement initial plus considérable (en temps si ce n'est en argent),
beaucoup plus d'aptitudes et de savoir-faire (il n'existe pas de vendeurs de
cavernes usagées) et une brisure radicale d'avec !e système. Et les erreurs coûtent plus cher.
VII
- Nouveaux marins
La forme la plus coûteuse de Grande Libération demeure le yachting nomadique.
Quoique là aussi
l'investissement initial soit énorme, ii n'y a pas de façon plus sure pour garder votre famille ou
communauté hors
d'atteinte des tentacules gouvernementales. Il
n'y a qu'à enregistrer l'embarcation sous le drapeau au Libéria et les mers sont à vous.
(Il existe même un groupe de nomades océaniques qui non seulement veulent fonder
une communauté sur l'océan mais aussi un pays officiel. Ils sont, paraît-il, bien financés, bien administrés et très sérieux. Et comment vont-ils s'y prendre? Ils
vont construire une Ile en plein milieu de l'océan.)


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