Écologie de la violence : Université et Alternative

Sources: enquêtes diverses auprès de professeurs et d'élèves, compilations d'articles parus dans Esquire. Whole Earth Catalogue et le Los Angeles Free Press: certains détails viennent de publications du gouvernement canadien.

 

Dans un monde de violence, l'université est une institution sociale consacrée à l'application et à la transmission de cette violence. Bien que des efforts soient tentés sporadiquement, la reforme de l'université n'est pas possible tant que la Société dont elle découle ne se réforme pas. La première partie de ce dossier se propose d'analyser cette situation de fait. La seconde partie suggère a l'Individu rebelle quelques alternatives. Soit, qu'il décide de continuer dans le système, soit qu'il décide de s'en couper.

 

 

Question de base: l'université est-elle une institution consacrée à la violence? Sa première fonction est de déformer les étudiants pour les faire entrer dans tes moules et les rôles des mécanismes économiques d'une société technologique. L'Université n'est pas une industrie dont le produit ne serait laid qu'en surface, mais un système cohérent et intégral de violence, et frauduleux. Il ne suffit pas d'analyser, dans une université, le pouvoir, ses ramifications et ses usages, mais de porter l'œil sur certaines violences, moins dramatiques peut-être mais plus fondamentales que celles de la politique du pouvoir. Cette violence profondément enfouie ne peut se voir qu'à travers une lentille faite de métaphysique et de métaphores.

 

Sexe et Opposition

 

De Freud au Front de Libération des Femmes, il est apparu à l’Occident que les erreurs de notre culture ont leur source dans la complexité et le mystère du sexe. Pendant l'enfance: la répression et la distorsion des énergies sexuelles. A l’université: la répression et la distorsion des modalités sexuelles.

 

Pour construire une sorte de lentille, faisons l'emploi d'abord d'un peu de métaphysique. Notre Culture relie d'une façon très dure les Opposés. Le Bien et le Mal n'existent que pour se détruire l’un l'autre. La Victoire s'oppose à la Défaite, le Juste au Faux. Les Opposés se combattent l’Un contre l’Autre, à la mort si possible. L'Occident a choisi de croire que l'Autre face de quelqu'un, ou de quelque chose, est mauvaise. Partout où l'homme grandit travaille et vit en groupe, cet axiome, qui est un préjugé, les gouverne. Une telle situation est au cœur même de tous les problèmes.

 

Par exemple, le sexe. La même structure de valeurs se retrouve dans les rôles sexuels. La version officielle de la culture oppose l’Homme à la Femme. L'homme est fort, donc la femme est faible. L'homme est agressif, la femme passive. Cette opposition s'illustre par l'homme qui ouvre la porte devant la femme et qui s'efface. Mais cet effacement n'est qu'une ruse.

Les opposés se nient l'un r autre. Un homme fort ne pleure pas. Une femme logique, ou musclée, est difforme. Les hommes refusent de croire que leur poitrine est un organe sexuel tout autant que les seins des femmes. Les femmes s'épilent. La douceur chez les hommes est considérée comme une faute. On a encore dû mal à accepter qu'une femme soit agressive.

 

 

L'homme se définit socialement par sa capacité à "gagner sa vie", i.e. exploiter son environnement pour survivre; et la femme se définit par ses rapports avec ses enfants et un homme qu'elle ne peut s'empêcher d'exploiter, par conséquence, pour affirmer son identité. Résultat: les femmes sont en général incapables d'exprimer la colère ou d'agir dans le monde; et les hommes sont incapables de vraiment se soucier de ceux que leur travail touche et transforme.

 

Le Tao

 

L'autre métaphysique, celle du Tao, ne s'occupe pas d'opposés mais de pôles différents dans une vraie unité. Le symbole en est l'image du yin-yang. La lumière et Ia noirceur ne sont pas des états statiques, mais des processus qui se définissent l'un l'autre. Le jour et la nui vivent dans les bras l'un de l’autre. La chaleur et le froid, le mouvement et le repos, dépendent chacun de l’autre. Dans le Tao, les pôles créent l’Un/l’Autre par leurs différences. Ce n'est pas un antagonisme irréductible qui les oppose, mais une tension d'Interdépendance qui les relie. Le but de l’être n'est pas la victoire, mais un devenir à partir de l'harmonie entre des qualités complémentaires, un mouvement intégral commencé bien avant lès pôles et qui s'exprime dans leurs jeux.

 

En termes de sexualité, nous sommes tous masculins et féminins dans le Tao. A la fois capables de prendre le monde et de le recevoir, de créer et de subir, de commander et de suivre. Le vagin peut être aussi un organe agressif, et le pénis aussi réceptif qu'une cavité transcendantale. Etre soi-même, c'est accepter l’harmonie des parties complémentaires en soi. L'homme apprend que sa force ne vient pas d'une tension continuelle, mais au rythme entre la tension et le repos. La femme apprend que son amour est plus profond, plus libre, si elle ne réprime pas sa colère.

 

Une fois les corps de l’un et de l’autre noués ensemble, il serait nous être difficile de décider qui est l’un, qui est l’autre, qui donne, qui reçoit.

 

Les noms anciens des pôles sont ying et yang. On peut aussi les appeler mâle et femelle (ce qui ne veut pas dire homme contre femme), les métaphores n’en seront que plus directes. Notre culture est par trop dominée par le principe mâle; trop de yang dans sa psychologie et ses valeurs. Conditionnés à percevoir et à nous comporter selon l’opposition entre mâle et femelle et entre toutes les polarités du yin-yang, et conditionnés de plus à découper cette opposition sur une ligne mortelle qui sépare le meilleur et le pire, le bon et le mauvais vivons dans un état de séparation qui n'est qu'une violence totale faite aux choses.

 

Remplir un cerveau

 

Une seule façon d'enseigner est en usage dans les Universités: remplir le cerveau d'informations.. Mais il existe une autre façon, d'enseigner, en créant un environnement et un contexte pleins de richesses dans lesquels la croissance s'accomplit en suivant sa propre direction.

 

Les instruments des rites universitaires sont: la publication, le séminaire, qui impliquent une performance, un débat. Comportement rituel agressif mâle. Diagnostic sur l'université: trop de principe mâle. Dans ce déséquilibre, on apprend à l’esprit à n'être qu'un couteau qui analyse et dissèque, qui fragmente et divise.

 

Mais l’esprit a d'autres aptitudes qui relient les choses, au lieu de les séparer. Des aptitudes qui opèrent des synthèses, des aptitudes à la création (notre langage peut difficilement leur donner un nom, de la même façon que nous n'avons aucune façon efficace de les enseigner). Nous prétendons que la créativité est un mystère et nous nous contentons d'enseigner la table de multiplication le mieux possible. Mais comme cette dernière, la créativité a ses lois.

 

Lorsque l’esprit n’est plus que couteau, son résultat, la connaissance, sort comme une viande hachée. L’admission dans les élites intellectuelles nécessite une thèse, morceau de viande sur l’autel de la Connaissance Fragmentée. (Précisons tout de suite, la Division n’est pas mauvaise, c’est le déséquilibre qui est maladie. Ce qu’il nous faut aujourd’hui, c’est une connaissance qui réunit les fragments.) La façon mâle d’enseigner ne considère la connaissance qu’en termes de fragments qu’elle dissocie d’autres fragments, et de la personne qui s’en sert. Exemple, les parties d’une automobile assemblées une à une et qui deviennent indépendantes de la forge d’où elles proviennent et du cerveau qui les a conçues. Ces fragments sont : l’information.

 

 

L’Industrie de l'information

 

Une éducation basée sur l'information nécessite une classe dans laquelle la "connaissance" sera transmise et distribuée comme sur une chaîne de production, sans rapports personnels, et avec beaucoup de devoirs à faire à la maison... Dans l’usine qu'est une classe, on produit des spécialistes. Dans cette usine les rôles se définissent par rapport à l'information: l'expert-spécialiste produit la marchandise, le professeur la met en marché et en valeur, l'étudiant la consomme en silence.

 

(Si la connaissance existe à l'intérieur des personnes, il n'est pas nécessaire, pour la faire passer de "ici" à "là", de l'isoler et de la transmettre: il n'y a qu'à établir des résonances entre les individus.)

 

Les miettes que découpe le contenu de l'esprit sont organisées selon le principe de la Division. On nous apprend que la Connaissance est divisée en Disciplines qui déroulent leur vision particulière du monde sur des voies isolées et parallèles, que protègent de tout contact des langages spécialisés. Cette division se retrouve dans les Départements et Facultés d'universités qui se partagent la carte de l'information selon des structures externes et internes de pouvoir. (La typographie de la fumée est une carte des fournaises dans les industries du pouvoir; l'information est un produit du pouvoir, un instrument qui sert à inventer des détersifs.)

 

La fonction et la structure sociale de ces sociétés fermées et parallèles sont bureaucratiques, hiérarchiques et, comme on devait s’y attendre, organisées selon les principes de la Distinction. Et sur le tout s’appesantit l’interdiction tacite de dévier de la norme, soit dans le comportement, l’habit, le style de publication, la façon de penser. On y retrouve la même homogénéité et monotonie des systèmes sans liberté, que ce soit en chimie ou en politique.

 

Ces distinctions entre plus haut et plus bas,  ces normes rigides de comportement, elles apparaissent partout où les hommes préfèrent se concentrer sur ce qui les sépare, en oubliait de voir ce qui les rapproche.

 

Dans la première cellule à la base de la pyramide politique des Facultés et Départements, s'agite le simple professeur qui exerce son pouvoir dans son territoire, limité à sa classe et sa spécialisation. (Voir: des barons qui courtisent des ducs, un vieil orignal affrontant de jeunes prétendants au printemps.) Le corps professoral est divisé selon le mode de production de chacun, que ce soit en connaissances ou dans les horaires. Quel professeur visite un confrère en classe ou discute de psychologie animale avec l'expert de la Renaissance?

 

L'espace physique de chaque classe se ressemble. Rangées sur rangées de petits bureaux bien droits, qu'ils soient rouges, gris, en aluminium ou en verre; chaque petit bureau séparé de ses quatre voisins par un espace toujours le même; et tous les petits bureaux dirigés vers l'avant pour que les yeux des élèves ne puissent rencontrer d'autres yeux que ceux du professeur. C'est, du reste, l'unique façon de diviser et de contrôler un groupe.

 

 

L'architecture totalitaire

 

Le principe de l'architecture académique, aussi, trouve sa source dans la Division: tout pour empêcher la moindre intimité mutuelle. Les cafétérias sont conçues pour être bondées; leurs murs dénudés rejettent le bruit des conversations dans le rite paisible de la nourriture. Pour s'entendre, il faut crier et soumettre le corps aux variations physiologiques de la colère. Les dortoirs, les salles d'étude, les bureaux sont construits selon le même principe que la classe.

 

Lorsque deux personnes partagent la même cellule carrée, il n'y a pas vraiment de rencontre. Des gens en sardine dans un espace restreint construisent des murs devant leur tourelle d'observation intérieure, pour se protéger l’un de l’autre.

 

Un coup d’œil aux toilettes et l’on devine que les dortoirs n’ont d’autre but que de séparer les hommes des femmes. Une tel agencement oblige les deux groupes à se regarder à travers l’optique des rôles sexuels, à ne voir dans l’autre qu’une fraction au lieu d’une personne entière. Ce n'est point par accident que les salons de dortoirs ressemblent aux chambres d'attente des dentistes, et que ceux qui ont conçu l’architecture des classes sont les mêmes qui ont conçu les prisons.

 

 

 

Aucune différence dans cette architecture totalitaire, entre les universités, les hôpitaux, les prisons, les casernes, les habitations d'Etat. Ces édifices n'existent que pour trier les gens selon les besoins du système économique. Uniformité, efficacité, aliénation. La surface des murs est dure, la peinture inécaillable. La classe est conçue pour vomir ses occupants six fois par jour, sans laisser de traces. Le ciment et le béton sont de première importance. L'institution n'est plus que le bâtiment rongé par le lichen de la bureaucratie, au lieu d'être littéralement les gens qui y travaillent. De la même façon, la connaissance humaine n'est plus qu'une masse d'informations, dissociée des humains et s'accroissant à l'infini comme un réseau insensé d'édifices identiques.

Aujourd'hui, les étudiants reçoivent comme moule la forme du système d'information à autorité centrale. Mais demain les villes, l'économie, les industries et le pouvoir de la prochaine culture seront décentralisés. L'apprentissage du changement deviendra façon de vivre. La Connaissance germera à l'intérieur d'une personne. Il n'y aura plus de différence entre l'éducation et la vie.

L'architecture nous dit qui nous sommes, ce qu'il y a d'essentiel en nous, ce qui peuple nos rêves. Dans une chambre où on ne peut écrire son nom sur les murs, le message en est un de passivité. L'environnement n'interagit pas avec nous et nie notre présence.

 

La classe

 

La classe est un endroit d'aliénation. Et justement, pourquoi pas? Le but de l'éducation supérieure, en plus d'être la transmission de l’information, n'est-il pas de conditionner les étudiants socialement? Pour survivre le système a besoin de robots conditionnés à survivre à certains stimuli sociaux et non à d'autres. On implante l'autorité à l'intérieur des personnes et entre elles. L'ordre social, l'architecture, l’information, crée un climat qui hurle chaque jour à l’étudiant : adapte toi à moi"

 

 

 

 

Dans chaque classe moyenne règne un professeur moyen qui répète avec ses sujets les slogans officiels de l'idéologie intellectuelle et sociale du Département/Discipline. Dans cette arène, dédiée à la pensée plutôt qu'à l'action, on entraîne l'esprit à divorcer de l'émotion et du sentiment. Les plus hauts raffinements sont apportés à cet entraînement. Les horaires, le curriculum vitae et le diplôme leur apprennent à fragmenter leur attention et leurs énergies; à se diviser eux-mêmes, aussi bien que leur travail, en parties; à être capables de production standardisée; et à retarder la réaction et la jouissance, ce qui les oblige à réprimer leurs besoins et leurs potentiels.

 

La classe est un endroit où il faut se battre. Se battre pour une bonne note, un sourire du professeur, une bourse, un diplôme, le pouvoir. Cette compétition est celle des primitifs qui se battent lorsqu'il n'y a pas assez de nourriture pour tout le monde. Cette compétition sépare et aliène les gens. L'atmosphère de la classe est celle de la peur. Punition/récompense; succès/échec; chaque mouvement est jugé. L'Université est totalitaire.

 

Dans la Culture du Bien ou du Mal, une moitié doit, nécessairement et par définition, perdre. Les pauvres, les Noirs, le corps, les émotions. Les hommes doivent combattre leur douceur et les femmes leur force. La honte s'installe lorsque la répression n'est pas complètement efficace, et que remontent à la surface certaines énergies. La personne s'accuse elle-même de faiblesse et prend sur soi toute la douleur et l'angoisse d'un être partagé et intégré au système.

 

Ce jeu s'appelle aussi Capitalisme. Il isole la personne du contrôle de sa production, du sens de son travail (l’aliénation) et la sépare de ses frères et sœurs et de l'Autre pour la garder impuissante. Toutes les institutions du Capitalisme opèrent dans ce sens: conquête, domination, exploitation.

 

Séparation de l’un et de l'Autre: Mort

 

Tout remettre ensemble

 

Il n’est pas très responsable de critiquer seulement. Cette vision de l’Université qui nous fait voir tout le principe de séparation derrière ses institutions implique aussi une action à accomplir: tout remettre en­semble.                    |                           

 

 

Proposons donc une technique de ré-union, possible, dans de petits groupes.

 

Il est très important, dans un contexte d'apprentissage, que les groupes soient petits. A l'université, on les appelle: classe et on les définit ainsi: a) groupe de personnes réunies au hasard de leur programme respectif, b) sans aucune obligation d'engagement les unes envers les autres, c) dont les rencontres en classe sont courtes et isolées, d) qui n'auront de contact avec les autres que dans une seule dimension, de préférence intellectuelle, e) à l'intérieur d'une société centrée sur l'autorité f) dominée par un principe de motivation opérant selon le schéma punition/récompense, g) pour apprendre une fraction spécialisée de l'Information, h) acquise et connue d'avance, i) et finalement pour être moulées selon une aptitude de conditionnement social.

 

Répugnant

 

II faut, d'abord, inverser cette définition: groupe de personnes réunies dans un but et intérêt communs, qui choisissent de s'engager à se rencontrer plusieurs fois sur une période de temps indéterminée et qui détermineront de la forme et des limites que prendra le groupe. Ils se rencontreront à tous les niveaux humains et essayeront ensemble d'apprendre et de créer les connaissances de vie, générales et particulières, dont ils ont besoin.

 

Cette forme sociale de rencontre est nouvelle dans notre culture, et on l'appelle de toutes sortes de façons: groupe de rencontre, famille de travail, communauté d'apprentissage intentionnel, etc. les communes y ressemblent à un degré plus intense de conscience collective et d'artisanat .

 

Faire et penser

 

II est essentiel d'intégrer l'expérience vécue et la pensée abstratie en pratiquant l’apprentissage à l’intérieur des formes qui les font alterner de façon concentrée. Ce processus va plus loin : pour réussir à intégrer des parties divisées de la connaissance, il suffit de les relîer à l'intérieur d'une forme pratique de travail et de discussion. Ces formes peuvent être mixtes. Rien nef nous empêche, par exemple, de coupler un atelier de travail sur la politique et un discussion sur la sexualité. Les couplages permettent souvent aux nouvelles idées de naître.

 

 

Ces méthodes de groupe finissent par dégager une conscience intégrale et une connaissance ancrée dans les deux domaines du personnel/public et pensée/ex­périence.

 

Un groupe politique de Berkeley dut son succès à cette méthode d'apprentissage hybride. Ils passaient la moitié de leur réunion à s'amuser comme des enfants, et l'autre moitié en discutant d'idéologie et en essayant de traduire sous forme de théâtre populaire, leurs idées. Pour en arriver à faire revivre dans un autre médium la vérité de leurs sentiments politiques, il leur était nécessaire de comprendre au plus profond d'eux-mêmes ce qu'ils ressentaient. Leur théâtre les enrichissait par interaction entre eux. Lorsque deux médias se rencontrent et s'interpénètrent, le contact dégage de l'énergie, du pouvoir. Tout monopole ou isolement signifie mort.

 

L'émotion

 

Depuis que les éducateurs ont découvert que l'affect (par opposition au concept) est important dans tout apprentissage, ils ont permis à une certaine forme d'émotion de revenir sur les campus. Mais pas assez. Un réel apprentissage signifie changer personnellement, avec les conséquences affectives qui s'ensuivent. L'Université ne se préoccupe pas de ces changements et laisse l'individu se débrouiller comme il peut, où il peut. Par contre, un groupe d'apprentissage sain reconnaît sa responsabilité collective d’aider chaque personne à traverser les changements provoque en lui l'apprentissage.

 

 

 

Contenant et contenu

 

Un dernier mot sur le mode féminin du « procédé ». La technique académique formelle ne s’occupe que de contenu. Que ce soit à l’heure ou au semestre, la conversation ne s’intéresse qu’à la substance cognitive plutôt qu’à la manière, le procédé. Mais toute conversation est un contenant, une forme souple à l'intérieur de laquelle pousse et grandit quelque chose, un environnement, non pas de briques mais de procédés. Si ces derniers sont en santé, la progression sera saine; sinon, elle sera malsaine. Cette obsession du contenu et l'absence presque complète d'instruments verbaux, ou de conventions, pour traiter de ces procédés, reflè­tent bien encore, dans notre culture, une éducation to­talement déséquilibrée.

 

 

La conscience de l'environnement et son entretien sont du mode femelle. Tout apprentissage normal devrait al­terner entre les deux modes: par exemple, dans un groupe de rencontre, s'occuper d'abord du contenu ou de toute activité dirigée vers un but, jusqu'à ce qu'il soit nécessaire de passer à "la manière", en permet­tant à fa colère du groupe de s'exprimer ou en chan­geant la façon de choisir les leaders du groupe, pour ensuite revenir à une préoccupation avec le contenu. Entre l'approche mâle et l'approche femelle vers la connaissance, il faut établir un équilibre.

La santé et l'harmonie dans l'apprentissage, dans un groupe, dans un individu doivent se comprendre et opé­rer selon la vision du Tao, par un balancement et un jeu entre les polarités: expérience/réflexion, création/ intégration, action/repos, unique/mutuel, le MOL/ l'imagination.

 

Des alternatives

 

Si y a plusieurs façons d'éviter la violence. Chaque façon s'appelle une alternative. Par exemple, cette uto­pie qu'explore Mainmise est une alternative.

 

Une alternative demande qu'on s'y intéresse et qu'on y travaille. Le réputé "drop-out" peut se faire ou bien

dans une inaction totale qui, elle-même, se divise en extase ou ennui; ou bien, dans une socté parallèle, tribu primitive de la nouvelle civilisation qui s'en vient.

 

« Drop-out » devrait signifier « au lieu de me battre contre les forces de la mort, je me bats pour les forces de la vie ». C’est là toute la différence entre le synthétique de notre société démente et l’organique d’une vision qui ne voit et ne se rattache qu’à la Terre.

Cet organique peut s'apprendre ou se vivre. Autrement dit, on peut aller dans une école l'apprendre, ou daim une commune à vivre.

 

Voici donc quelques alternatives:

 

I - Créer une université libre

 

Choisir ou trouver des étudiants et des professeurs, dont certains seraient choisis parmi ces étudiants, décidés à jouer le jeu de la scolarité selon de nouvelles règles plus humaines et plus ouvertes. Elaborer de petits groupes de rencontre selon une série de sujets-matières choisis par les étudiants et par eux seuls: la connaissance doit avant tout répondre à un besoin réel. Par exemple: religions orientales, survie en forêt, nutrition, développement sensoriel, artisanat, ' musique, historique du mouvement, astrologie et astronomie, techniques de thérapie personnelle, drogues hallucinogènes, sociologie des minorités sexuelles, etc. Organiser les rencontres n'importe où, dans tout local libre et disponible, en plein air, dans une cave, à la campagne, dans la neige, etc. Requis: aucun argent, aucune bureaucratie, aucune administration, aucun règlement, aucun examen, aucun ratage, aucune compétition, aucun ennui.

 

II L'Université, seul chez soi

 

II existe assez de livres sur tous les sujets pour qu'un autodidacte convaincu n'ait pas à se plaindre. Tout ce que vous voulez savoir, se trouve entre deux couvertures: il s'agit simplement de vouloir aller le chercher sans qu'un autre, du haut de sa chaire, vous dise de le faire.

 

Les livres sont un medium d'informatîon. L'information est une chose vitale, quand elle n'est pas apprise

pour   elle-même.   Les   livres   sont   des   outils,   parmi tant d'autres, qui permettent de survivre. Les anciens sages de la Chine et les physiciens nucléaires s’adressent à nous par écrits et nous racontent la même chose.

Il faut apprendre à se servir des outils. Le danger de la lecture réside, comme tous les dangers, dans l’excès. On peut se perdre dans les livres comme dans une passion. Il  faut  apprendre   aussi  à  sortir  des  livres après y être entré. Seul l'équilibre fait avancer.

 

III- Diplômes subversif s à l'université officielle

 

Pour celui qui ne peut pas se retirer et préfère prendre le chemin officiel, il existe dans les universités certains cours qui peuvent être du plus grand intérêt pour la Tribu et le Mouvement.

 

Droit: la meilleure arme défensive dans une société hautement civilisée et organisée demeure les manœuvres légales. Avec l’intensification de la répression policière et le nombre augmentant d'arrestations, seul un bon avocat peut réussir à libérer un membre de la tribu. De plus, dans une société super légaliste, un diplôme en droit devient la meilleure arme d'attaque pour changer cette société.

 

Géographie et Etudes Forestières: pour ceux qui croient vraiment à l'écologie, la science de la terre s'impose. Bonnes chances de décrocher un poste gouvernemental où vous pourrez être utile. Et tout ce que vous apprendrez sur les principes de conservation vous sera très utile, si jamais vous fondez une commune.

 

Administration d'hôpital: les communes et le mouvement ont besoin d'aide médicale. Devenez médecin si vous le pouvez. Sinon, vous pourrez apprendre en Administration d'hôpital beaucoup plus long sur la façon de fournir de bons soins médicaux que n'en sait le médecin moyen.

 

Education: C'est dans les écoles que se fait le grand lavage de cerveau. C'est là où il faut rejoindre nos frères et nos enfants. Si les professeurs leur apprennent à vivre au lieu de mourir lentement, notre culture aura plus de chances de survie.

 

Génie, division sanitaire: avant d'étouffer sous nos dééhets et l’eau-et-l’air-pollués, il existe encore une solution: renverser le mouvement et remettre de l’ordre dans nos excréments. Et si vous ne voulez pas travailler pour la ville, les communes auront toujours besoin de vous.

Éducation physique: si vous pouvez survivre à la monotonie, au manque d’imagination et au complexe de virilité (le syndrome du gros mâle), ce cours sera une excellente approche à l'écologie de l’organisme et vous serai utile en termes de santé.

 

Architecture: les architectes apprennent la science des matériaux.  Les matériaux sont des outils. L'architecture, au lieu de nous ensevelir sous le béton, peut nous ouvrir les splendeurs de la matière. Les individus et les communes auront besoin de vous. "L'architecture, c'est de la musique gelée."

 

Agriculture: La Terre nourrît l'homme, on ne peut échapper à cette nécessité. Notre existence est de la terre à la terre. Il faut la connaître, l'aimer, savoir comment la traiter. La survie de milliards d'humains dépend de la production de nourriture. Le gouvernement, c'est-à-dire nous, aura besoin de vous; les communes aussi.

 

IV Communes

 

Tout le monde connaît un peu les utopies religieuses du passé dont les adeptes vivaient en commune. Certaines sont, encore aujourd'hui, très prospères: les Hittites, par exemple, comptent 25,000 adeptes répartis dans 170 communes en Amérique du Nord. Leur réussite s'explique par une organisation hiérarchique très rigide, appuyée sur des fondations religieuses et ethniques intenses.

 

Au   contraire,   les   utopistes   modernes   détestent   les hiérarchies et préfèrent l'anarchie: leur seule tradition commune est la couleur de leur peau et leur origine sociale: blanc, classe moyenne. Aucun héritage culturel précis ne les relie entre eux. Evidemment, cela implique que la survie à long terme des utopies modernes es| douteuse. N'en soyons pas si sûr! Il faut qu'une culture prenne naissance, soit fabriquée et vécue par quelqu'un, quelque part, avant d'être transmise. Et si l'on regarde autour de soi, l’on peut voir qu'il y a, en effet, une nouvelle culture en train de naître et de grandir un peu partout. Elle n’est pas complètement originale puisqu’elle réunit des éléments aussi divers que le folklore et la technologie moderne, le communisme cchrétien et le mysticisme bouddhique.

Mais c'est justement à cause de tous ces emprunts que cette nouvelle culture est unique. Elle est la première culture Globale et Mondiale, la première culture à être vraiment transhistorique et transnationale. La nouvelle génération est la première dans l'histoire à avoir toute la connaissance du monde à sa disposition. Si elle ne va pas la chercher à l'université ou dans les universités libres, elle peut la trouver dans le "Whole Earth Catalogue" (catalogue des outils humains).

 

Mais comment des communautés peuvent-elles survivre dans l'anarchie et sans organisation? Il est évident que des compromis seront nécessaires: chaque commune sera peu nombreuse; et une sorte d'union des tribus facilitera les échanges, les services, et assurera la protection légale de tous ses membres.

 

La clé de voûte du succès de l'anarchie c'est l'autonomie individuelle, sur le plan économique et psychologique. Indépendance économique en fabriquant soi-même ce dont on a besoin (c'est là tout le propos du "Whole Earth Catalogue"). Quant à l'indépendance psychologique, c'est-à-dire ne plus avoir besoin des autres pour trouver un support social à son ego, elle peut être fournie par la drogue (c'est là sa fonction positive la plus importante), par les groupes de rencontre, la Gestalt-thérapie, etc.

 

Un groupe de gens fortement motivés de l'intérieur et ayant à leur disposition (dans la tête et dans les mains) la plupart des techniques de survie ne peut que réussir à opérer efficacement malgré l'anarchie. Lorsque les gens ont moins de besoins, ils ne volent pas, n'empruntent pas et ne quêtent pas.

 

Pour créer une commune, il faut:

 

a) des gens décidés à survivre par eux-mêmes et prêts à vivre ensemble;

 

b) un investissement initial plus ou moins considérable pour la location ou l'achat d'une terre avec bâtiments. On trouve encore dans les environs de Montréal, et sûrement ailleurs en province, des fermes qui se louent de $75 à $150 par mois. Le gouvernement canadien vend dans ses entrepôts de surplus d'armée des dômes géodésiques de Buckminster Fuller de 100’ de diamètre pour la somme de $80. Le dôme géodésique de Buckminster Fuller est considéré aujourd’hui comme la structure la plus solide et la plus légère qui soit, puisque son inventeur l’a conçue selon la structure architecturale des atomes. Ce même gouvernement du reste distribue des terres gratuitement à qui peut prouver qu’il peut vivre sur cette terre et la développer ;

c) des connaissances artisanales e| agricoles précises qui permettent de s’isoler rapidement du système économique citadin. Le meilleur instrument dans ce domaine demeure ce monument génial consacré à l'ingéniosité humaine: le MWhole Earth Catalogue", inventaire de tous les outils imaginés par l'homme pour vivre sur le globe: instruments, livres, jeux, méthodes de fabrication, etc.. etc. De "comment faire cuire un pain" à "comment fabriquer un orgue", en passant par le manuel de réparation de Volkswagen et l'œuvre de Teilhard de Chardin, tout y passe et tout y est. On peut se procurer le Catalogue en anglais seulement, quoique, paraît-il, une version québécoise est en préparation.

 

d) de nouvelles techniques de libération individuelle et de rapprochement entre les personnes. Les résidents d'une commune doivent pouvoir se débarrasser de leurs conditionnements sociaux antérieurs et apprendre à se regarder et à se connaître selon des schèmes qui dépassent les catégories de la société normale (rôles sexuels, etc.).

 

VNouveaux Gitans

 

Les théories de l'histoire se présentent sous différentes couleurs: téléologiques, cycliques, dialectiques, et aléatoires pour ne citer que les teintes les plus populaires. Mais, du point de vue le plus efficace, on peut dire que ce qui arrive aujourd'hui, arrivera aussi demain, plus cinq pour cent, comme le coût de la vie.

 

On peut réduire ce qui arrive aujourd'hui à deux grands courants. A un niveau, les pouvoirs de production, les pouvoirs de ceux qui "prennent des décisions" et les pouvoirs de coercition (armée, bureaucratie, etc.) deviennent de plus en plus centralisés au sommet de la hiérarchie industrielle et gouvernementale. Â un second niveau, la vie quotidienne devient de plus en plus impersonnelle et transitoire. Cette simple théorie de l’histoire nous permet de prédire que demain ressemblera de plus en plus à aujourd’hui. Le premier grand courant devrait nous mener droit à une dictature, du genre décrit dans le roman 1984 avec toute la rapidité d’une visite en prison au Monopoly, sans passer par GO, et sans empocher $200. Le second grand courant, lui, devrait avoir comme effet de pousser ceux qui ne veulent pas aboutir au statut de non-personnes à disparaître, à devenir invisibles.

 

S'il est possible aujourd'hui de s'évader de notre société aliénée, technologique et technopathique (qui souffre de la technologie), c'est grâce justement à l'existence de notre société aliénée, technologique et technopathique.

 

Notre société industrielle offre trois services qui permettent aux néo-nomades de se glisser, invisibles, d'une ville à l'autre. Premièrement, le déménagement est maintenant chose si courante (20 pour cent chaque année) que l'anonymat social est devenu une façon de vivre. Deuxièmement, Se côté magie blanche de notre technologie a créé récemment un "système-portatif-et-universel-de-survie" (Life-Support-System) pour un prix assez raisonnable. Et enfin, troisièmement, le gouvernement et l'industrie ont réservé des lopins de terre assez considérables dont ils ne se servent presque jamais et qui sont parfaits pour la vie de nomade. Par exemple, l'espace sous les pylônes électriques à haut-voltage, ou les parcs et forêts du gouvernement dont seulement une fraction est utilisée.

 

Le seul problème du néo-nomadisme (les libertaires) est à arriver à se débarrasser complètement de la vulnérabilité liée au contrôle par les autres, surtout l'Etat. Son principe fondamental est de réduire au maximum toute dépendance du système économique et de réaliser à son maximum la possibilité de se suffire à soi-même. En ceci le libertaire moderne n'est pas différent du Communard moderne: les deux s'intéressent à l'horticulture, à la pêche, et ni l'un ni l'autre ne se trouveront un job sauf en cas d'extrême nécessité.

 

Mais le nomade fait deux pas de plus: d'abord il n'est aucunement intéressé à posséder un coin de terre comme les communards. Selon un nomade: « un coin de terre est taxé jusqu’au bout, soumis à des tas de règlements, et sujet à l’expropriation sous n’importe quel prétexte... Toute possession immobilière est indésirable si le fait de sa possession vous met en contact régulier avec les représentants de Sa Majesté le gouvernement. On ne possède pas vraiment ce qu’on ne contrôle pas ; il serait naîf de prétendre le contraire ». Pour cette même raison, le libertaire nomade n’aime pas les autos et les camions qui, eux aussi, sont soumis à  l'inspection jet au contrôle du gouvernement. L’avant-garde du mouvement travaille déjà à une façon de contourner aussi (cet obstacle.

 

Le nomade n'a pas du tout, comme le communard, le sens de la communauté. Il est avant tout un individualiste. Au contraire du communard, il ne recherche que des rapports temporaires et contractuels avec les autres, si jamais il en recherche. Et ce n'est que rarement qu'un nomade appellera un autre nomade "frère", comme la chose se fait dans les communes. Le but de la tribu communautaire est de cultiver un "Nous" océanique, celui du nomade de dresser un "Je" autonome.

 

Chose amusante: les libertaires nomades se recrutent dans les deux camps de l'extrême droite et de l'extrême gauche qui à la limite ne se distinguent plus.

 

Pour devenir un nomade, il faut:

 

a) un bon "packsack"

 

b) une bonne paire de souliers de marche

 

c) rompre tout lien

 

d) partir...

 

VI Les Troglodytes

 

Ce ne sont pas tous les nomades qui se satisfont de voyages sur les routes. La vulnérabilité du propriétaire de véhicule face à l'Etat les agace. Pour échapper à cet obstacle, l'avant-garde du mouvement a trouvé un moyen de supprimer tout besoin de mouvement autre que celui de marcher. Ils raisonnent ainsi: il n'y a que trois directions possibles: vers le haut, latéralement et vers le bas. Voyager latéralement signifie que l'Etat contrôlera les terres et le moyen de transport. Il n'y a plus qu'à aller vers le bas. Ce qu'ils font.

 

Cette nouvelle espèce s'appelle les "troglodytes". Ils creusent des trous et disparaissent. Le troglodysme beaucoup d’adeptes en ce moment mais leur nombre augmente chaque année. Certains ont déjà creusé sous les terres publiques des complexes impressionnants de chambres souterraines prêtes à recevoir des habitants en cas d’urgence et destinées à devenir éventuellement le logis fixe de familles complètes. Bien camouflées au-dessus, les habitations des troglodytes ont peu de chance d'être découvertes par le gouvernement.

 

Les! troglodytes suggèrent à ceux quî veulent éventuellement les rejoindre de commencer d'abord par le nomadisme motorisé. L'expérience leur sera très utile  puisque le troglodysme nécessite un

Investissement initial plus considérable (en temps si ce n'est en argent), beaucoup plus d'aptitudes et de savoir-faire (il n'existe pas de vendeurs de cavernes usagées) et une brisure radicale d'avec !e système. Et les erreurs coûtent plus cher.

 

VII -   Nouveaux marins

 

La forme la plus coûteuse de Grande Libération demeure le yachting nomadique. Quoique là aussi l'investissement initial soit énorme, ii n'y a pas de façon plus sure pour garder votre famille ou communauté hors d'atteinte  des   tentacules   gouvernementales.   Il   n'y  a qu'à enregistrer l'embarcation sous le drapeau au  Libéria et les mers sont à vous.

 

(Il existe même un groupe de nomades océaniques qui non seulement veulent fonder une communauté sur l'océan mais aussi un pays officiel. Ils sont, paraît-il, bien financés, bien administrés et très sérieux. Et comment vont-ils s'y prendre? Ils vont construire une Ile en plein milieu de l'océan.)

 

 

 

 

SUITE

 

 

 

 

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