"Notre but, c'est l’U. T.O.P.I.E... et selon nous, le Québec, c'est l'ALTERNATIVE UTOPIQUE." Pénélope l'a bien dit dans le premier numéro de MAINMISE. Fidèle à notre intention de présenter dans ces pages les expériences de ceux qui travaillent à réaliser l'Alternative utopique dans le village global, j'aimerais consacrer les pages suivantes aux efforts que mène le Front d'Action Politique pour réaliser l'utopie urbaine ici au Québec.

 

Le F.R.A.P et l’U.T.O.P.i.E.

urbaine

l'article est de Linda Gaboriau

les illustrations et la mise-en-page sont de Pierre Gaboriau

 

Les élections municipales se sont déroulées sans que le sang coule dans les rues de Montréal. Il ne s'agit donc plus de procurer des voix au FRAP, mais, plutôt, de lui accorder! sa juste place dans la contre-culturel nord-américaine. Or, il faut le recon- naitre, les principes du FRAP s'ins- dirent de ceux de l'avant-garde de la pensée politique contemporaine.

Le système qui nous offre un choix presque illimité de produits de con- Sommation nous propose très peu d'alternatives culturelles et politiques. Les problèmes que pose le phé-nomène urbain sont le sujet d'innombrables études philosophiques et so-cio-économiques qui n'ont pas enco­re fourni de solutions concrètes.  Maintenant, certaines alternatives s’imposent dans l'élaboration d'une

 

DECENTRAUSATION*"* CENTRALISATION
IMPROVISATION DEMOCRATIQUE
PLANIFICATION BUREAUCRATIQUE
îPRODUCTION COOPERATIVE

CONSOMMATION EXCESSIVE

C’est-à-dire ACTIVITE < > PASSIVITE

ACTIVITE < > PASSIVITE AU NIVEAU DU QUARTIER

 

 

 

La Formation des comités de citoyens existe comme une forme de réaction populaire à la crise d’aliénation qui secoue les habitants des métropoles américaines. Montréal n'a pas échappé à ce mouvement. Pendant les dernières cinq années, les citoyens de certains quartiers montréalais, fatigués d'être ignorés ou exploités par le pouvoir municipal, ont créé des organisations populaires pour surveiller eux-mêmes la rénovation de leurs quartiers et l'administration de leurs écoles et de leurs centres de loisirs. Il s'agissait, d'abord, d'organisations isolées et spé­cialisées dans les domaines de l'éducation, le bien-être et le logement (telles que les associations des étudiants, les comités des citoyens Mîlton-Parc et des citoyens de la Petite Bourgogne).

 

Par la suite, certains citoyens commencèrent à envisager les différents problèmes dans la perspective globale d'un système politique qui n'agissait plus en fonction des intérêts de la majorité de la population montréalaise. Le besoin d'unifier les diverses forces populaires se fit sentir, et, au début de l'année 1970, le Ralliement des Associations populaires (RAP) vit le jour.

 

Après cela, il ne restait qu'un pas à faire pour comprendre qu'il ne suffit plus de surveiller le pouvoir, il faut l'exercer. Il fallait passer de l'animation sociale au niveau du quartier à l'action politique au niveau de la ville entière. La politique curative devait céder la place à la politique préventive. Afin de pouvoir présenter des candidats au Conseil municipal dans les élections d'octobre, le RAP devint, en juin 1970, !e FRAP, un parti politique
dûment constitué et enregistré.

                                                                                                      

Aujourd'hui le FRAP existe dans une dizaine de villes au Québec. A Montréal, lors des récentes élections municipales, le FRAP présenta des candidate dans quatorze^ des dix-huit districts électoraux. Les candidats furent; choisis au niveau du C A. P. (Comité d'action politique)] de chaque district.

 

Chaque membre du FRAP devient automatiquement membre du CAP de son district et il doit assister aux as­semblées générales mensuelles du comité. Comparés aux membres des autres partis politiques qui n'exercent leur option politique que par un vote tous les quatre ans, les membres   du   FRAP   sont   appelés   a   une  réelle PARTICIPATlON politique.

 

 

 

1— L’objectif des Comités d’Action Politique est de créer une société bâtie selon les travailleurs etl à partir des priorités établies par eux.

2— Cet objectif suppose trois buts:

-          établir à Montréal une véritable démocratie uraine basée sur la participation des travailleurs aux décisions qui se prennent à tous les niveaux;

 

-          fournir au plus grand nombre possible de travailleurs l'occasion de participer à la vie politique de Montréal;

 

-          susciter l'unité de tous les travailleurs montréalais, qu'ils soient syndiqués ou non syndiqués, chômeurs ou assistés sociaux, locataires ou étudiants!

3—   Le CAP. est solidaire de toutes les organisations populaires du quartier (comités de citoyens, associations de locataires, groupes de jeunes, etc.) et de toutes les organisations populaires dans les entreprises (syndicats, comités ouvriers, etc.).

4—   Le F.R.A.P. est le regroupement au niveau  de tout Montréal des C.A.P. de chacun des districts ainsi que des représentants des organisations populaire qui adhèrent aux objectifs et aux priorités fixés par les C.A.P. C'est par lui que s'organise la coordination des luttes au niveau de tout Montréal.

5—   II est composé:

-  de deux déléguésélus par chacun des C.A.P.

 

-  d'un représentant pour chaque organisation populaire qui adhère au F.R.A.P.

 

-  des cinq membres du secrétariat élus par l’assemblée générale.

Nous voulons établir une véritable démocratie urbaine sur une base décentralisée, soit celle des! districts électoraux, et promouvoir l'extension de lai démocratie populaire aux autres palliers du gouvernement et aux entreprises."

 

Extraits du Manifeste 70 FRAP.

 

 

DECENTRALISATION CENTRALISATION

 

La notion de la décentralisation se trouve à la base de plusieurs visions utopiques. Il suffit d'y penser un peu... une certaine cohérence est quand même indispensable avant qu'une communauté ne puisse endosser le dôme géodésique de Fuller. Et le degré de cohérence dépend en grande partie du nombre d'éléments diversifiés dans la communauté. Dans LA REPUBLIQUE, Platon préconise la création de Cités dont population MAXIMUM serait de 50,000 habitants.

 

Les urbanistes contemporains ont été plus lents à reconnaître les avantages de la décentralisation. Dans COMMUNITAS, les auteurs Paul et Percival Goodman constatent que les Nord-Américains sont devenus victimes "des mythes de la technologie." "Ils s'imaginent qu'il est plus efficace de centraliser, alors que c'est tout le contraire. Ils croient, comme à un dogme.de-foi, que les grosses usines sont plus efficaces que les petites entreprises. Il ne leur vient jamais à l'esprit, par exemple, qu'il serait moins coûteux de transporter les machines au lieu de transporter les ouvriers."

 

Les auteurs analysent aussi la disproportion entre les moyens et les buts de notre société. A force de vivre dans une société les moyens technologiques sont extravagants, nous avons formulé des buts extravagants et confus. Comme résultat, 'nos valeurs ont dépassé l'échelle humaine et sont devenues paléo-technologiques." Le progrès est devenu synonyme d'innovation matérielle.

 

Dans son livre  LA MORT ET LA VIE DES GRANDES VILLES AMERICAINES, Jane Jacobs formule une autre défense de la décentralisation. A son avis, ce sont les divers éléments sociaux et ethniques d'une ville qui font sa richesse culturelle. Garantir la survie des quartiers autonomes, c'est assurer les ressources culturelles de la métropole entière.

 

IMPROVISATION DEMOCRATIQUE -PLANIFICATION BUREAUCRATIQUE

 

Pour Jane Jacobs, comme pour les citoyens de Milton-Parc à Montréal, le grand ennemi des quartiers populaires, c'est le planificateur professionnel. Les citoyens sont mieux placés pour voir et respecter les particularités de leurs quartiers que le professionnel dont la vision est déformée par les généralisations théoriques. Toute rénovation urbaine devrait donc se faire par un processus d’improvisation démocratique au niveau des quartiers.


Paul et Percival Goodman font une critique plus inquiétante de la planification bureaucratique. Selon eux, la planification au niveau gouvernemental s'élabore partiellement en fonction du programme de la défense nationale: le choix des matériaux de construction est souvent fait en fonction de bombardements éventuels; les dimensions des réseaux de transport sont souvent déterminées par les besoins de convois militaires, etc. Faut-il chercher plus loin les causes de l'aliénation?

 

Parmi les conséquences de l’improvisation démocratique dans la rénovation urbaine, il faudrait compter l’élimination de la spéculation foncière dans le domaine du logement et de la voirie. Il s'agit évidemment d'une politique peu populaire auprès de ceux qui font fortune dans la spéculation et l'investissement.

 

PRODUCTION COOPERATIVE- CONSOMMATION EXCESSIVE

 

Selon les auteurs de COMMUNITAS, moins du quinzième de l'économie américaine est consacré à la production des biens de subsistance. Dernièrement, le public a commencé à protester contre l'obsolescence planifiée. Le public s'est également révolté contre la publicité de Madison Avenue qui l'incite à fonder sa dignité humaine aux prix d'articles de luxe, derniers modèles. Mais l'économie capitaliste ne peut pas se tailler aux besoins du consommateur averti. Il semble en être de même au niveau du pouvoir municipal. Les Montréalais ont-ils eu le choix entre la construction de logements ou la baisse des tarifs d'autobus et l'Exposition permanente? Est-il trop tard pour recycler la production en fonction des besoins réels de la majorité?

 

La technologie semble avoir trahi l'humanité. Les petits équipements "Do-lt-Yourself" ne satisfont plus notre besoin d'initiative personnelle. Face à la menace d'une uniformité écrasante, l'excentricité devient une qualité. Les maisons de haute-couture nous offres    .1 conséquence de ?'faux vieux-habits." Maintenant à la Place des Arts, on porte des ensembles "imitation gitane" et "imitation hippy." Imitation-Initiative. Imitation-Identité.

 

PARTICIPATION ALIENATION

 

Le FRAP s'inscrit parmi les mouvements contemporains qui travaillent à réintégrer la participation réelle et démocratique à tous les niveaux de la vie quotidienne. Depuis sa formation au printemps dernier, le FRAP a consacrer beaucoup de ses énergies à la préparation de la [campagne électorale. Dans un sondage récent publié dans le Montréal Star, on a pu constater que les possibilités [électorales du FRAP furent sérieusement entamées par les ["contretemps" politiques et certaines "accusations lïbelleuses." Quoiqu'aucun candidat du FRAP n'ait été élu au Conseil municipal le 25 octobre, le parti peut revendiquer deux victoires politiques importantes. Grâce à l'insistance du FRAP, le vote universel fut accordé aux Montréalais. (Dans les élections précédentes, le droit de vote était servé à ceux qui payaient des taxes, tels que les propriétaires   et les locataires de   logements   ou de   maisons.)

 

Et grâce à l'opposition du FRAP qui réclamait le site de l'Expo comme parc public. Drapeau se vit enfin obligé d'éliminer le prix d'entrée à la Terre des Hommes.

 

Maintenant les Comités d'Action poli­tique  peuvent travailler à  réaliser  leurs

projets au niveau des quartiers. Ils visent, entre autres, l'établissement dans chaque district d'un Centre populaire seraient réunis, dans un même complexe, plusieurs services publics: une clinique médicale coopérative, un service d'aide judiciaire, une garderie coopérative, des cours d'éducation permanente, un centre d'emploi, un service d'informations pour le consommateur et, enfin, des salles de loisirs H est question aussi d'établir des caisses populaires indépendantes, dirigées par les CAP, en fonction directe des quartiers. Il ne serait plus nécessaire, alors, de s'adresser à des professionnels anonymes pour les soins médicaux et les conseils légaux et financiers. On assisterait aussi à la démystification graduelle de l’éducation et de la culture.

 

 

On s'approche de l'ALTERNATIVE UTOPIQUE.

 

 

Au moment même d'envoyer cet arti­cle sous presse, le FRAP traverse une crise interne. Certains membres esti­ment que l'arrestation de plusieurs can­didats et les "accusations libelleuses" de Drapeau et Marchand n'étaient que des mesures de répression politique. Ils sej demandent si l'action politique poursuivie au niveau municipal peut amener de pro-

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fonds changements sociaux, face à une répression qui semble provenir autant du pouvoir fédéral que provincial et municipal.

 

Ils proposent des "précisions] de l'Idéologie au niveau des CAP

des "précisions 1 qui donneraient une vision plus globale du système.

Les membres qui croient à la réalisation de l'Utopie urbaine à partir de l'animation des entités cohérentes et maniables que sont les quartiers, résistent aux visions globales.

Ceux qui résistent à la radicalisation générale du manifeste restent dans un sens plus fidèles aux principes je base du FRAP. Les manifestes les plus humains peuvent apparaître théoriques à celui qui est aux prises avec sa situation quotidienne. Il faut, d'abord, vivre soi-même de réelles améliorations économiques et culturelles, Ensuite il sera possible de rêver, et même de réaliser le meilleur des inondes de l'an 2001.

 

 

 

 


 

SUITE

 

 

 

 

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