
156
a)
Le grand
complot
du
LSD
b)
L'agent secret
de
Dieu:
A.O.S 3
parTimohy Leary
première publication: The Politics of Ecstasy
Orson Welles se
trompe:
157
Nous l'attendions depuis cinq heures. Ses rendez-
vous sont toujours évasifs. Dérouter la police. Je
sentis soudain sa présence: un choc télépathique.
La puissance de ses vibrations. Une minute plus
tard ses bottes résonnaient dans l’allée.
L'air fatigué. Veste de cuir noir et chemise bariolée
à manches flottantes. Collier de cloches
qui s'entre-
choquent. Magicien. Sorcier électronique.
Il travaillait sans répit depuis plusieurs jours
dans son laboratoire et revenait d'un
voyage d'acide.
Il cherchait la chaleur.
Rosemary alluma un feu et des chandelles et
s'allongea près de moi sur un divan bas. O.
faisait les cent pas devant nous. Il aime rester
debout, dominer ses auditeurs.
Trois heures d'élucubrations fantastiques aussi
bien sur la physique d'Einstein que sur la
philosophie bouddhiste, en passant par l'énergie,
l'électronique, les drogues, la politique, la nature
de Dieu et la place de l'homme dans le plan divin.
Idées traduites en style acid rock hip.
•
Les héros folkloriques de la télévision d'aujourd'hui
sont les joyeux hors-la-loi du passé. Les Robin-
des-Bois de l'avenir, les héros folkloriques du 21e
siècle seront les apôtres des drogues
psychédéliques des années 60. On peut parier
sur l'immortalité de l'agent secret divin AOS3,
le roi acide, millionnaire du LSD, le Pancho Villa
de l'éprouvette — le mieux connu de ces chevaliers
aux yeux remplis d'étoiles qui, sans peur et
accablés de reproches, ont su, malgré les méchants
fédés armés, brancher une nation de jeunes et
d'hommes libres sur l'harmonie électronique de
demain. Ces alchimistes visionnaires qui dans
leurs laboratoires secrets mettent au point les
nouvelles pilules de l'extase, expérimentent leurs
sacrements dans leur propre corps et les
distribuent par un réseau de collègues dévoués,
inconnus, réseau caché, comme l'ont toujours été
les mystères, des suppôts de César, du Pharaon,
d'Hérode, de Paul VI, de Napoléon, de Staline, de
Nixon.
Pendant ces sept dernières années, j'ai regardé
avec admiration ces explorateurs du LSD, héros
du marché noir, manufacturer et distribuer le
sacrement. Alchimistes visionnaires, qui ne
recherchent qu'une prise de conscience soudaine
de leurs contemporains.
D'abord il y a eu Albert Hoffman de la compagnie
Sandoz, agent involontaire, mystérieusement
choisi pour apporter le LSD à la race humaine.
Son histoire n'a pas été encore complètement
racontée, mais nous savons que ses premiers
voyages au LSD furent de profondes expériences
religieuses. La presse de l'Establishment essaie
de nous faire croire le contraire. Mais en fait
Hoffman, qui était un homme religieux, comprit
immédiatement les implications de sa découverte
et entreprit, à travers un complot réunissant
certains savants-philosophes, de répandre le
LSD pour le bien de la race humaine. Son erreur
tactique fut de travailler à l'intérieur des
professions établies puisque l'usage de sa
découverte devant entraîner nécessairement une
refonte complète du système social.
•
Rosemary avait fait du thé et posé une lampe du sanctuaire rouge sur une madone encadrée d'or.
O. marchait de long en large comme un animal nouvellement encagé. Comme un écureuil, mais
plus gros. Peut-être un blaireau ou un raton-laveur. Ils sont très intelligents. Il se met
à parler: comme tout marche bien ensemble. D'abord, la première fission atomique a lieu en
décembre 1942.
Ecoute. La ceinture Van Allen est une épaisse
couverture électronique qui protège la terre.
Qu'est-ce que la terre? U n noyau de métaux en
fusion, recouvert d'une mince couche de tissu
organique vulnérable. Les organismes vivants
grignotent lentement le roc au-dessous. Chaque
organisme se nourrit à partir des autres et se fait
manger à son tour. La ceinture Van Allen est la
très haute intelligence qui protège la terre des
radiations solaires mortelles, et qui est en contact
avec toute forme de vie intelligente sur terre
- végétal, animal, humain.
Je riais. O., tu es tellement orthodoxe! Notre
Père qui êtes aux cieux. N'est-ce pas qu'il est
là-haut? Que votre règne arrive, que votre
volonté soit faite sur la terre comme dans la
ceinture Van Allen!
0. ne répondit pas à mon commentaire. Je ne sais
comment, mais il enregistre neurologiquement
tout ce que je dis, le re-programme et me le
ressert en d'interminables bobines de poésie
électronique. Mais 0. n'écoute jamais.
Ecoute. L'Intelligence suprême voit que l'homme
a redécouvert l'énergie atomique. Wow! il faut
arrêter ces imbéciles avant qu'ils ne détruisent
le réseau vivant tout entier. L'ADN ne craint
que les radiations. C'est la raison d'être de la
ceinture Van Allen.
Bon. Quatre mois après la première fission
atomique, Hoffman redécouvre
ACCIDENTELLEMENT, ha ha, le LSD qui
est maintenant psycho-actif. Redécouvre? Oui.
Hoffman a synthétisé le LSD pour la première
fois en 1938, mais il n'a aucun effet. Pas de
turn-on. Bon. Comment se fait-il que Hoffman
tripote le LSD en 1938 et qu'il ne se passe rien,
et qu'en 1943, trois mois après la découverte de
l'énergie atomique, il remet la main sur l'acide
lysergique et cette fois-ci, il part en orbite? Que
s'est-il passé? Est-ce que le LSD a été soudainement
transformé en molécule psychédélique? Les bons
chimistes ne changent pas du tout leur façon de
manipuler les produits chimiques: Les techniques
de Hoffman sont standards.
La fission atomique de
décembre
tout le système d'énergie dans notre système
solaire. La haute intelligence décide de faire
quelques petits changements dans la structure
électronique de certains atomes et CRAC! On a
le LSD, une substance d'une force incroyable qui
est précisément l'antidote de l'énergie atomique.
Les gens prennent du LSD et captent le message»
Ils commencent à replacer les choses en harmonie
avec le Dessein
suprême. Le
LSD est îe moyen
parfait et le
seul d'ailleurs, d'empêcher que la
guerre ne fasse
sauter tout le système.
•
Hoffman voulait persuader
les psychiatres et les
chercheurs de
prendre du LSD. Mais, évidemment,
les choses ne se
passent jamais ainsi. Les chercheurs
respectables
avaient peur. Ils ne comprenaient rien.
Ce qui fait que
le premier apôtre alchimiste
messianique de
l'ère psychédélique a été un
buveur de rhum — prêcheur biblique - vendeur
d'huile de
serpent miraculeuse — nommé Al
Hubbard. Il prit
du LSD vers 1950 et capta le
message illico.
Cet incroyable chaman se voua
dès lors au prosélytisme et entreprit de répandre
la bonne
nouvelle chez les hommes de science les
plus en vue. Une
association médicale se plaignit
du fait qu'un
non-membre distribuait des drogues.
Qu'à cela ne tienne, Al acheta pour $50, dans
le
sud, un diplôme de médecin et se fit ainsi admettre
chezOsmond,
Hofer, Heard, Aldoux, Huxley et
même Sidney Cohen de UCLA.
Al Hubbard fut
le premier tacticien psychédélique
à
comprendre que l'approvisionnement et le
contrôle du LSD servaient une des questions
importantes du
futur. Il mit donc sur pied un
mystérieux horaire de vols pour la distribution
du LSD. Côte est, Côte ouest, Europe de l'est,
Europe de
l'ouest, partout achetant, vendant,
marchandant, échangeant. Le résultat fut la création
du premier marché underground de la substance
la plus précieuse que le monde ait connue. Le
prix de détail du LSD est de $20,000 à $50,000 le
gramme. U ne
once de LSD vaut $1,000,000.
Son ambition était de créer à l'échelle nationale
des centres de
distribution du LSD sous l'égide
du corps médical. C'était une idée billante,
utopique, géniale à ia"american business" qui
aurait eu comme
résultat,
entre autres, de mettre
fin à la menace de guerre sur la planète. Mais
Hubbard comptait
sans la réaction
conservatrice
des associations
médicales
et du gouvernement
qui n'avaient
aucune envie de souscrire à des
révélations spirituelles et à des extases bouddhiques.
l'International
Foundation for Advanced Sîudies.
clinique pilote,
bien qu'elle fût dirigée par une
équipe de psychiatres
et de médecins
reconnus.
Al Hubbard
disparut de la circulation et se
réincarna sous la forme du Dr Spaulding.
•
Par une journée froide et grise de l'hiver '62,
Dick Alpert et
moi nous rendions de Harvard
aux laboratoires
Sandoz proposer la mise en
marché du LSD. La respectable maison Sandoz
ne pouvait
accepter de lancer sur le marché une
pilule de
l'extase pour les chercheurs-de-Dieu.
Dans le bureau
du président,
les grosses boites
de légumes sont réunies. Après nous avoir écoutés,
ils rient nerveusement.
Nous fabriquons des
drogues médicales. Comment pourrions-nous
mettre sur le
marché une
pilule pour ceux qui
cherchent Dieu?
Le vice-président
sourit. Disons
que le LSD n'est
pas une drogue. Appelons-le
de la nourriture
et nous pourrons l'embouteiller
comme du
Coca-Cola. L'avocat de la compagnie
fronce les
sourcils. Si nous disons que c'est une
nourriture,
l'approuver, et
dois-je vous rappeler que
ne pense qu'en
termes de médecine?
La réunion fut un échec. Ils comprenaient très bien,
mais pas
question de se faire censurer par
et F American Médical Association pour avoir
mis le LSD sur
le marché. Au
moment de
partir, Dick
leur dit: "Eh bien, messieurs, puisqu'il
en est ainsi,
nous ferons nous-mêmes le
marketing."
Nous nous mimes tous à rire.
Un des
administrateurs, cheveux coupés en
brosse, nous
reconduisit à la sortie. Dans
l'ascenseur, il
tire soudainement de sa poche un
flacon et le met
dans ma main. "J'ai déjà pris du
LSD. Je suis au
courant, je comprends. Voici 5
grammes. Ne
dites jamais d'où vous l’avez eu.
Servez-vous en sagement."
•

Dès 1962, nous avions mis sur pied un système de
distribution gratuite du LSD. Un réseau d'amis
fiables (psychiatres, professeurs, prêtres, pasteurs,
écrivains, poètes — Allan Ginsberg —, hommes
d'affaires, etc..) qui le donnaient à ceux qu'ils
savaient prêts pour le voyage. Chaque fois que
nos provisions baissaient, un nouveau chaman-
alchimiste apparaissait.
Comme Bernie et Barnie, deux fous, apôtres
du désert, qui prenaient du peytol avec les Indiens
depuis longtemps. Ils écrivaient des livres
insensés et brillants sur la télépathie et
l'apprentissage accéléré par le LSD. Bernie
prétendait avoir appris la langue allemande en deux
sessions d'acide. Ils fabriquaient eux-mêmes leur
LSD en forme de liquide brun verdâtre qu'ils
vendaient comme sacrement à des gens célèbres
de Californie. Ils furent vendus par un traître aux
agents fédéraux et, comme ils ne s'entendaient pas
du tout avec leurs avocats, ils décidèrent d'assumer
leur propre défense. Ils échafaudèrent le projet
dément de faire goûter leur élixir au juge et aux
jurés, ce qui aurait révolutionné la jurisprudence
à jamais. Le juge horrifié refusa et leur imposa
19 ans. Ils s'évadèrent.
Peu de temps après (je me dois de ne pas préciser
la date), à l'occasion d'une conférence dans une
université de province, je reçus une invitation à
rencontrer un certain docteur Spaulding. Urgent.
C'était un homme dans la cinquantaire, massif,
bien bâti, assez beau, gai luron. U n des dix
meilleurs chimistes du pays.
Dans son auto, il n'arrêtait pas de regarder le
rétroviseur. Il m'amena en plein milieu d'un
stationnement vide d'un supermarché de banlieue.
Très mystérieux.
Il mit tout de suite cartes sur tables. Il avait pris
du LSD plusieurs fois et en connaissait les effets.
Il savait aussi que le gouvernement était affolé.
Beaucoup de gens en place avaient eu des
expériences religieuses avec le LSD. Mais ils
s'inquiétaient. Deux organismes puissants à
Washington se disputaient avec acharnement le
contrôle des drogues. Le Bureau des narcotiques
voulait que toutes les drogues demeurent illégales,
et que la surveillance augmente, ainsi que le
nombre d'agents des narcotiques. D'autre part,
les médecins et les hommes de science voulaient
donner à
compris Phéroïne, le pot et le LSD. En faire
une question médicale. Suis-je prêt à faire un
marché? Est-ce que je consens à dire à
tout ce que je sais au sujet du marché noir et ainsi
anéantir le réseau de distribution du LSD? Si je
coopère, je serai autorisé à utiliser le LSD pour
fins de recherches.
Il faut aider
cette bataille. Ainsi la marijuana et le LSD
deviendraient légaux, sous surveillance médicale.
Il faut empêcher les enfants de mettre la main
sur le LSD, sinon le bureau des narcotiques
obtiendra sa loi anti-LSD. Si je refuse, on me
dénonce et on m'arrête.
Je le regardai et me mit à rire. Pas question.
Nous sommes dans un pays libre. Le contrôle
du LSD et de la marijuana n'est pas l'affaire du
gouvernement. Si je dois choisir, j'aime mieux
voir les enfants prendre du LSD, plutôt que les
médecins. Les enfants sont plus proches de
Dieu. Et si j'ai le choix entre devenir informateur
et être dénoncé, je préfère aller en prison?
Le Dr Spaulding rit du rire de celui qui
connaissait la réponse avant de la poser. D'accord,
il fallait que je propose le marché mais je savais
que tu n'accepterais pas. Mais il faut que tu
saches que le gouvernement se prépare à sévir
dangereusement. Toutes les sources de LSÔ seront
coupées. Tu ferais mieux de t'approvisionner.
De combien disposes-tu maintenant?
Pas beaucoup. Deux à trois milles doses. Tu as besoin de combien?
Je le
regardai, étonné. Le type qui avait
commencé
comme agent fédéral m'offrait maintenant de 'acide.
Il
comprit mon regard et s'expliqua. Quelques-
uns
d'entre nous avons prévu depuis longtemps
ce
qui arrive, et nous avons déjà commencé à stocker
l'acide lysergique brut. Nous avons des stocks de
LSD plus importants que ceux de Sandoz, de la
Chine
Rouge, ou du Pentagon. Nous voulons le donner
à des gens fiables qui sauront le distribuer.
Combien peux-tu en distribuer annuellement?
Tout à fait surréaliste: un vénérable professeur
qui voulait m'approvisionner en quantités
illimitées de LSD. Je ne pus m'empêcher de lui
demander pourquoi?
Ah, mais tu sais très bien pourquoi, Tim!
Existe-t-ii une solution pour notre race mal foutue
et meurtrière, autre qu'une convulsion religieuse
de masse? Bon combien veux-tu?
Je peux passer
à-dire deux millions de doses.
Parfait. Tu en recevras une provision de quatre
ans - mille grammes - dans les semaines à venir.
Pèse-le soigneusement. Garde-le stérile, dans
l'alcool ou la vodka. Essaie de le diluer et de le
mettre sur des cubes de sucre si tu ne peux te
procurer une machine à pilules.
A combien de gens en donnez-vous ainsi? Pas
beaucoup. Le mouvement doit se faire lentement
Nous avons assez de LSD pour tourner toute
l'Amérique pendant plusieurs années.
Je ne devais jamais revoir le Dr Spaulding. Mais
l'acide commença bel et bien à nous parvenir à
Millbrook, une semaine plus tard, dans des livres
creux mis à la poste dans différentes villes du
pays. En un rien de temps, nous avons réussi à
passer dix millions de doses.
•
II était dix heures. Rosemary et moi étions
affamés. 0. était trop stone pour penser à manger.
Mais il sentait les vibrations de notre faim.
Je t'en prie,
ne parle pas de
manger. OK?
Nous
n'avons pas
encore soupé.


La matière grignotant le granité. Les galaxies
se nourrissant les unes à partir des autres. 0,
nous entraînait dans un tourbillonnant voyage
épique à travers les niveaux de la création. Jf as
connu les plus grands sages de notre époque —
Huxley, Heard, Lama Govînda, Sri Krishna Prem,
Alan Watts, et je dois dire que AOS3, qui nf a
jamais rien écrit de mieux (ou de pire) que
quelques chèques sans provisions, possède les
théories les plus brillantes à date sur le plan divin.
D'abord, il commence par là où ils commencent
tous: le commencement. Il s'était tapé le voyage
de LSD classique, le grand voyage. H était
retourné à ses réincarnations cellulaires, et
s'était désintégré, par-delà la vie, en grilles
d'électrons palpitants, tournoyant par-delà la forme
atomique vers le centre de l'unité qui est une
vibration unique, pure et radieuse. Yin. Yin. Yin.
Yang. Yang. Yang !
Son visage brille. Il lance à gorge déployée le cri
de Dieu qui avait été arraché de la gorge de
M dise et hurlé par st Jean-de-la-Croix, le cri
éternel, joyeux et dément de l'homme qui a entendu
la voix de Dieu et lui crie son acceptation heureuse
et insensée, Ceux qui ont déjà écouté un homme qui
s'est soumis à Dieu, les yeux tout grands ouverts,
savent de quoi je parle.
O. hoche la tête en riant. Je ne peux pas l'exprimer
en mots. Il faut que j'apprenne à jouer d'un
instrument si je veux réussir à me faire comprendre.
Oui, O. porte sur sa peau l'estampe officielle qui
prouve qu'il a atteint les hautes sphères où sont
allés tous les grands mystiques, ce point où l'on
voit tout, entend tout, et où Ton apprend que tout ne
fait qu'un, Mais comment décrire le rythme
électronique dont nos cinq milliards d'années
d'évolution planétaire ne sont qu'une pulsation?
O. rencontre le même obstacle que tous les
visionnaires: les mots sont inadéquats pour
décrire leurs visions. Mais O., le prophète, a
d'autres ressources. Sa grande intelligence est
doublée d'une mémoire photographique. 11 possède
à fond l'électronique; il a lu les textes de biologie;
il connaît l'informatique. Il a fréquenté les phis
éminents spécialistes des religions orientales. Il
a même conçu des amplificateurs déments pour
le groupe rock le plus parti (Gratuful Dead,
NDLR). Aucune tentative d'explication ou de
divination, aucune dialectique, aucun système ne
lui sont inconnus.
A travers l'histoire, l'alchimiste a toujours été un
personnage mystérieux
et magique.
L'Elixir.
expérimentales. Les vieux alchimistes n'essayaient
pas vraiment de transmuter le plomb en or; cela,
c'est seulement ce qu'ils racontaient aux agents
fédéraux de l'époque. Ce qu'ils cherchaient
véritablement, c'est la pierre philosophale, les
eaux de vie. La plante, la racine, ta vigne, la
graine, le fruit, la poudre qui permettrait
d'atteindre d'autres niveaux de perception et de
conscience.
A chaque génération, quelqu'un retrouve la clef.
Et la clef est toujours chimique. La conscience
est un phénomène chimique. L'apprentissage, la
sensibilité, la mémoire et l'oubli sont des
modifications biochimiques. La vie est chimique.
La matière est chimique.
•
Les clochettes d'O. s'entre-choquent au rythme
de ses gestes. Tout est lié par des électrons.
Connaître le fonctionnement des électrons, c'est
connaître le lien entre toutes choses. Se
rapprocher de Dieu. Le chimie, c'est de la
théologie appliquée.
•
L'alchimiste-chaman-magicien-sorcier est
toujours un être marginal. Jamais partie de la
structure sociale conventionnelle. Il faut qu'il en
soit ainsi. Pour entendre le langage ancien de
r énergie toujours évanescente, il faut se fermer
aux bruits de la place du marché. Aliénation
sacrée et délibérée. On ne peut servir, à la foi,
Dieu et César. C'est impossible. C'est pourquoi
les magiciens qui ont guidé et inspiré la destinée
humaine par des visions révélatrices ont toujours
éveillé les soupçons
de la société.




0. parle tranquillement,
assis contre le mur.
La lueur rouge
danse sur ses verres ronds. Cest
un saint fou.
Dans les hautes
sphères d'énergie, au-delà même
de l'électron, il n'y a pas de formes. La forme
est
une énergie qui s'auto-limite. La forme est
erreur.
Un jour,
l'intelligence suprême m'a signifié
d'abandonner la
forme vivante et de me fondre dans
l'éternel qui est toute forme. L'extase éternelle me
tentait. Mais
j'ai refusé à regret. Je voulais habiter
cette forme-ci
un peu plus longtemps.
Pourquoi?
Oh, pour faire
l'amour. Cest un si tendre geste
d'amitié humaine.
Et si on
mangeait? Ah oui, ça aussi, c'est agréable.
0. est un être hautement conscient H est conscient,
i tout moment,
de son identité et de celle des choses.
Conscient de son
rôle mythique,
conscient de ses
incarnations
passées, son héritage animal qu'il
porte fièrement et naturellement comme une
authentique créature des bois. Conscient de son
odorat. O.
choisit et mélange des parfums. On peut
toujours reconnaître O. à son odeur: un rien de boîs
de santal, une
goutte de musc, un soupçon de lotus,
une trace de
civette.
Une fois, après un voyage, je lui ai parlé au
téléphone. Comme d'habitude, il était très excité.
Ecoute, me
dit-il, je viens de voir clair dans ma
mission
mystique. Je suis Merlin, l'alchimiste
espiègle, le rédempteur joyeux. Mon nom de
parfum, mon
essence chimique, c'est A.0.S.3
Le magicien
A.0.S.3 est aussi homme de science.
Exigent méticuleux, orgueilleux de ses procédés, il
a des illusions
grandioses sur la qualité de son
acide. C'est une
molécule
fragile, sensible aux
vibrations du
chimiste.
Il juge l’acide
et les autres psychédéliques avec la
compétence condescendante d'un tâte-vin de
Bordeaux. Il est
moins qu'aimable envers certains
autres expérimentateurs. Aucun
orfèvre, peintre ou sculpteur ne fut plus
scrupuleux
de la perfection
esthétique que
A.O.S.3
•
LES METAUX SONT
BONS. Ils assument leur
propre fonction technique. Ils ont
l'individualité, une âme.
LES PLASTIQUES
SONT MAUVAIS. Le plastique
copie les formes
minérales, végétales, animales et
humaines, mais
sans âme.
La vie de O. est
une contestation de notre époque qui
transforme F
homme et la nature en plastique glacé.
Seul un chimiste
turned-on peut apprécier l'horreur
blasphématoire ultime du plastique. 0. est unique.
Il est lui-même. Sa vie est un combat créatif pour
l'individualité. Il cherche la société d'esprits
parfaits, reliés selon l'harmonie des cellules et des
organes du
corps. Il veut être le cerveau d'un
corps-amour social.
La faim de l'utopie ancienne.
Seul un chimiste
turned-on peut apprécier le plan
protéinique de Dieu pour la société.
A.0.S.3 est de
l'espèce rare.
Un homme conscient
qui vit, respiré, fait l'amour, gronde, rit et
travaille. Un
fou prétentieux,
ridicule, un fou de
Dieu qui rêve de nous rendre heureux, de nous faire
tourner, de nous
aimer et d'être aimé.
■
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