Just Like A Woman

 tiré du Chicago Seed

 

L'auteur de cette lettre raconte la difficulté qu'elle a eue de parvenir à une relation sexuelle satisfaisante pour elle et son partenaire Toute femme, selon elle, doit revendiquer son droit à l'orgasme. Cette première revendication, est la première base sur laquelle pourra s'édifier plus» tard toute autre revendication de type politique ou social.

 

J'ai commencé à faire l'amour à l'âge de seize ans. Mes parents étaient partis en vacances le soir et je ne devais aller chez des amis que le matin. J'ai passé toute la nuit avec le garçon. De toutes façons nous avions décidé d'un commun accord que nous ne ferions rien dans le grand lit sinon de dormir ensemble. Mais ça, c'était déjà le climax d'une progression. "D'accord, tu peux toucher ma poitrine mais seulement à travers mes vêtements... D'accord tu peux toucher mes hanches mais pas là où les cuisses se séparent... D'accord tu peux me TOUCHER avec ton pénis... D'accord, tu peux mettre le reste du gland mais pas plus..."

 

L'idée de tout ça, c'était que je reste vierge aussi longtemps que possible. Bon. Nous étions tous les deux dans le grand lit. Nous nous étions caressés gentiment presque jusqu'au matin. Il m'aimait et j'avais confiance en lui. Nous étions tous les deux dans les délices de découvrir un coin de liberté, sans surveillance.

 

Ainsi nous étions. J'étais à moitié couchée sur fui, la moitié du bout de son pénis en moi. Et alors cette phrase qui ne souffre aucune contradiction: "Pourquoi pas? Tu ne vas quand même pas rester vierge toute ta vie?". Après ça, je n'avais plus qu'à me laisser couler lentement sur lui. A ce moment précis, je n'ai ressenti rien de tellement différent. Mais même à ce moment précis, j'ai fait encore une réserve. "Michel, ne viens pas, tu dois faire bien attention de ne pas venir".

 

C'était, partiellement, la peur de la grossesse possible et de toutes les humiliations qui en découleraient. C'était aussi, inexplicablement, ce sentiment que j'avais que, si Michel n'éjaculait pas en moi, je restais encore un peu vierge, une sorte de vierge. Je pouvais ainsi conserver encore quelque chose pour le mariage. Après une demi-heure de ces jeux, j'ai senti une sensation dans mes organes génitaux, sensation centrée au clitoris et à laquelle, si je m'en souviens bien, je n'étais pas préparée du tout. Sur-le-champ, à cause de la peur, j'ai dit: "NON". Je ne dois rien ressentir parce que cela peut me faire perdre le contrôle de la situation. Et, si je perds le contrôle, Michel aussi le perdra. Mais la petite sensation ne partait toujours pas. Alors je me suis débattue et je repoussai Michel loin de moi. Une demi-heure plus tard, je me suis sentie plus sûre de Michel et comme réconciliée avec moi-même. J'ai dit à Michel: "C'était une sensation agréable; recommence". Mais mon superego contrôlait parfaitement la situation et la tentative de Michel échoua.

 

Durant les années qui suivirent, j'ai eu de nombreuses expériences sexuelles. La plupart furent plutôt mauvaises.  Il  m'arriva  souvent de  passer  la  nuit avec un garçon, pour la simple raison de l'insistance qu'il mettait à me le faire accepter. Ou bien par une sorte de vanité à montrer la technique que j'avais acquise, dans le but de les impressionner. Parfois encore, parce que n'étant pas très à l'aise dans la conversation, le fait de nous retrouver dans un lit nous donnait une structure dont je savais que je pouvais la contrôler. Ou bien parce que c'était le moyen le plus simple de me faire aimer et parce que je pensais alors que je n'avais rien d'autre de sérieux à offrir. Ou bien parce que c'était le plus court chemin pour se sentir très proche de quelqu'un et que, à cette époque, j'avais la grande nécessité de me sentir près de quelqu'un. Au cours de ces différentes expériences, je n'arrivais jamais à l'orgasme. Je n'arrivais à l'orgasme que quand je me masturbais... ce que j'avais appris à faire deux ans après avoir commencé à faire l'amour.

 

Quelque temps plus tard, je me suis aperçu que, lors de mes jeux sexuels, je ne mouillais même plus. Les garçons s'en apercevaient aussi, bien entendu. Le jeu devenait truqué. Selon eux, je n'étais pas LIBRE et je ne le serais pas, ni pour aimer, ni pour faire l'amour si, d'abord je n'apprenais pas à supporter la réalité du plaisir sexuel. J'étais encore plus déçue. Quand je réfléchissais sur ce qu'ils venaient de me dire, ça n'arrangeait pas les choses, au contraire. Il n'y avait rien que je pouvais faire contre cela, sauf d'essayer dans le noir, pleine de peur, d'humidifier mes parties génitales avec de la salive au bout de mon doigt, avant que mon partenaire ne me touche.

 

Sept ans plus tard, j'ai rencontré un jeune homme qui était beau et généreux. Il était grand et appétissant de partout et la première nuit que nous avons passée ensemble, nous l'avons passée sans qu'if éjacufe en moi et la deuxième nuit, tandis que je travaillais à la bibliothèque, il nettoya ma chambre et me roula une vingtaine de joints bien ronds, juste pour moi, juste pour me faire plaisir. Il était vraiment grand, vraiment fort, vraiment magnifique. Il faisait des films, volait des automobiles et avait toujours sur fui un revolver. Sexuellement, il était habile, puissant, inventif. Quand je faisais l'amour avec lui, j'avais toujours l'impression d'être violée par quelqu'un qui m'aimait. Il était en même temps Roy Rodger et le Croquemitaine. Mes épaules glissant hors du lit sous son impact, et complètement submergée par ses activités personnelles, je n'arrivais pas à jouir. Quand je lui ai dit ce qui m'arrivait, il a répondu: "Tiens! c'est curieux, tu n'es pas la première fille qui me le dit; je crois qu'il y a un truc quelque part, à l'intérieur de vous; je crois que vous avez une sorte de petite mécanique; est-ce que tu penses qu'elle est cassée?". Mon Dieu, comme il était gentil. Un agneau en habit de sadique. Alors j'ai immédiatement dit à quelques amies à qui je m'étais ouverte de mes problèmes que, si j'avais eu de la difficulté à venir autrefois, maintenant, avec l'agneau habillé en sadique, je venais sans difficulté. Elles m'ont répondu alors, en me regardant bizarrement, qu'elles ne se souvenaient plus que je leur avais déjà parlé de ce genre de problème, que de toute façon, c'était merveilleux que je n'avais plus ce genre de problème et que le type devait sûrement être un freak formidable. Quelques semaines plus tard, j'ai passé le week-end avec le formidable freak et l'une de ces amies qui avait amené avec elle un nouveau copain. Au milieu de ce week-end, après avoir réussi à se débarrasser de son nouveau copain, elle demanda au formidable freak de l'amener avec elle dans une course qu'il avait à faire, ainsi elle pourrait, par la même occasion, visiter quelques amis qu'elle avait dans la même région. Sur le chemin du retour, elle le séduit dans l'espoir désespéré qu'il pourrait faire de même avec elle. L'idiote. D'une certaine façon, ça les a tués tous les deux, dans ma tête. Plus rien n'accrochait. Personne ne pouvait être la doublure du formidable freak.

 

Trois ans plus tard, le même genre de situation se répéta. Cette fois avec un ancien élève en cinéma. Un colossal dieu blond, de l'extérieur un Viking, à l'intérieur un Christian Scientist. Nous étions partis chez des amis pour danser. Il était habillé avec une chemise de velours lie-de-vin à longues manches, parfaitement décadente, avec ses chaînes en métal argenté, et d'un blouson de cuir: tout ce qu'il y a de mieux dans le monde des deux fantaisies majeures. Cette nuit-là, il me dit que son ancienne amie, qui avait eu autrefois un accident de motocyclette, était de nouveau en assez bonne santé pour quitter la maison de ses parents où elle était retournée habiter après son accident. Bien qu'il m'aimait (c'était la première fois qu'il m'en faisait l'aveu), il croyait de son devoir de revenir avec elle parce qu'elle avait davantage besoin de lui que moi. J'ai beaucoup pleuré, en même temps heureuse et triste; un peu soulagée aussi. Cette nuit nous avons fait l'amour et je suis venue. Au matin, il est parti. U ne heure plus tard, je sortis à mon tour et j'eus un accident de motocyclette qui broya ma jambe gauche. Bon.

 

J'ai décidé, un an après l'accident d'aller voir un psychiatre. Je me suis plainte à lui de ma frigidité (quel horrible mot) et il m'a répondu qu'un tas de femmes ne parvenaient que très rarement à l'orgasme, qu'elles faisaient quand même l'amour et qu'elles y prenaient plaisir; au fond ça ne les dérangeait pas trop. Je lui ai répondu que, MOI, ça me dérangeait. Il m'a répondu que si je voulais bien y mettre toute mon énergie, il y avait une ou deux approches possibles qui courraient (il a employé le conditionnel) marcher. Premièrement, je devais m'abstenir de toutes relations sexuelles à moins de désirer vraiment les avoir; et même, si au milieu de l'acte sexuel, ça ne m'intéressait plus, je n'avais qu'à arrêter net. Cà, c'était la première façon mais ce n'était pas la bonne façon. En tout cas, pour moi qui ne me voyais pas m'interrompant brutalement et disant à mon partenaire: "Je m'excuse, mon vieux, mais ça ne me plaît plus", avant de sauter hors du lit. Une telle attitude pouvait le blesser, l'offenser et je ne me sentais pas assez forte pour blesser ou offenser quelqu'un. Le psychiatre m'a dit alors qu'il y avait encore une autre manière. Mais, pour cette manière-là, il fallait que je trouve quelqu'un avec qui j'étais en parfaite confiance. La technique consistait à me masturber et, au moment où je sentais l'orgasme approcher, il me suffisait de demander à mon partenaire d'introduire son pénis. Ainsi j'arriverais vite à associer l'orgasme et le pénis en moi, de telle sorte qu'après quelques exercices manuels complémentaires, j'en arriverais enfin à me passer de stimulations manuelles pour me contenter du pénis. J'ai répondu que je ne voulais pas de ce genre de stimulation manuelle. Le psychiatre m'a répondu que beaucoup de femmes avaient réellement besoin de stimulations manuelles. Comme travail à la maison, il m'a dit de me masturber tous les soirs, en étant tout à fait consciente pour saisir le moment précis ou j'atteignais l'orgasme. Je me suis mise au travail mais, à ce moment-là, il n'y avait personne de disponible dans ma vie pour passer à la phase à deux.

 

Alors, je me suis mise à faire des tas de choses: cours de danse, de théâtre, méditation, mouvement de Libération des femmes, politique, etc.

 

La musique

 

Je me suis engagée dans un groupe de danseurs qui travaillaient sur un light show. Un des garçons jouait de la flûte et il m'a demandé, un soir, d'amener la mienne aussi. Comme ça, nous pourrions faire aussi de la musique et apporter quelque chose de nouveau au groupe. Je ne suis pas tellement musicienne mais j'ai apporté ma flûte quand même. Je ne m'inquiétais pas du tout d'être ridicule ou mauvaise. A l'époque, j'avais une certaine confiance en moi-même et, de toutes façons, tout le groupe était formé de danseuses, devant lesquelles il m'était tout à fait indifférent de me ridiculiser en jouant mal. Stimulés par l'ensemble, on a fait, le garçon et moi, un excellent petit spectacle.

 

Quelques jours plus tard, le type et moi nous sommes réunis, tous les deux, pour pratiquer nos flûtes et, surtout, pour mettre nos têtes ensemble, comme cela doit être quand on veut faire de la musique ensemble. Bien entendu, j'ai commencé à faire la coquette, à lui caresser la barbe et ça a fini au lit. Ce n'était pas trop mal, rien d'extraordinaire; je ne savais d'ailleurs pas très bien comment faire l'amour avec lui. Mais, c'était plutôt sympathique et, de fil en aiguille, nous avons pris l'habitude de nous retrouver au lit après nos répétitions de flûte.

 

Un jour, je lui ai expliqué mon problème et je lui ai raconté les deux solutions proposées par le psychiatre. Il n'aimait pas le plan I qui impliquait l'abstinence mais il aimait bien le plan II. Et puis on n'a plus parlé pour un moment. Je voulais que ça vienne spontanément.

 

Laissez-moi quand même vous décrire le type. Un vrai freak, plutôt apolitique, gentil et attentionné avec tout le monde, complètement relaxé et jamais hostile. Ou très peu d'hostilité. Pas de ce genre non-hostile comme un tapis mais non-hostile parce qu'il ne faisait jamais ce qu'il ne voulait pas et, par conséquent, n'avait vraiment pas de ressentiment pour quiconque. Comme il faisait, de toutes façons, beaucoup de choses pour beaucoup de monde, personne ne pouvait lui en vouloir quand il ne voulait pas faire quelque chose. De toutes manières, un type très bien.

 

Un soir donc, nous étions en train de faire l'amour paresseusement. Personnellement j'étais dans le coup, puis je n'y étais plus, puis j'y étais encore. En tout cas, chaque fois que ça me faisait plaisir, je faisais en sorte d'y aller. Et dans le coup, et plus dans le coup, de toutes manières j'y allais. Comme je n'avais vraiment aucune peur de blesser Bob, ou de l'offenser (selon quelles règles? il n'en avait aucune), je n'ai pas hésité (ou presque pas) à pousser son genou contre mon clitoris et de l'y ramener quand il s'en écartait. Sans doute, j'avais déjà tenté quelques suggestions de cet ordre auparavant, mais si le garçon ne comprenait pas sur-le-champ (et généralement ils ne comprennent pas sur-le-champ), je laissais tout tomber. Sans doute, ce n'était pas très femme du monde. Mais je n'avais pas besoin d'agir comme une femme du monde avec Bob. Je me suis mise carrément à me frotter contre son genou, comme lui-même et les autres frottent leur pénis contre le ventre des femmes. Pourquoi, après tout, est-ce eux qui devraient avoir toutes les stimulations et non pas moi, pour la bonne raison que mon ventre se trouve à la hauteur de leur pénis et que leur ventre à eux n'est d'aucune utilité pratique pour mon clitoris?

 

Après tout, stimuler un clitoris avec la main, avec le haut d'une hanche ou avec un genou, c'est la même foutue affaire que de stimuler un pénis sur le ventre. C'est juste un peu plus mal commode, voilà tout. Avec ce résultat que la femme, qui a besoin de plus de stimulations à cause d'un entraînement défectueux ou à cause d'une différence morphologique, est finalement moins stimulée. Par-dessus le marché, les stimulations dont elle a besoin, tout simplement parce que c'est un peu compliqué, paraissent comme d'énormes faveurs à demander.

 

Parce que je savais bien que cela ne gênait pas Bob, et parce qu'il n'arrêtait pas de me dire qu'il voulait que je prenne autant de plaisir que lui quand nous faisions l'amour, j'ai continué à pousser son genou contre mon clitoris jusqu'à ce qu'il comprenne ce qu'il avait à faire tout seul avec son genou. Quand il eut compris, je me suis sentie tout en même temps un peu honteuse et un peu présomptueuse (Jésus-Christ!). Mais je commençais vraiment à aimer faire l'amour et j'espérais déjà augmenter encore mon plaisir, même si je n'étais pas prête à mettre en action le Plan II, juste parce que j'avais encore peur de lui dire: "Allons-y".

 

Quelques jours plus tard, quand j'ai eu assimilé le début de ma nouvelle technique, nous sommes allés un peu plus loin en découvrant une position qui me convenait. Allons-y pour le missionnariat: j'ai glissé ma jambe droite sous sa jambe gauche en la poussant de côté, de telle sorte que son pénis et que sa jambe droite se trouvaient placés entre mes jambes et que son os pubique frottait contre mon clitoris. Bien qu'il ne montrait aucun enthousiasme véritable pour cette position, j'ai continué et, sans fanfare, sans Plan, ni sadisme, j'ai commencé à jouir.

 

Inutile de dire que j'étais plutôt contente les jours suivants. Chaque soir désormais (Bob avait pris l'habitude de passer toutes les nuits chez moi), j'attachais la plus grande importance à ce que mon corps pouvait bien ressentir, grinçant des dents avec détermination et, aussi, avec un peu de peur que rien n'arrive, ou bien encore que Bob ne s'arrêtât en chemin bien que ma confiance en lui allait en grandissant. Mais je combattais ce genre de sentiment de toutes mes forces. Mon orgasme, je l'avais, presque à chaque fois que nous faisions l'amour.

 

Mais j'étais si consciente de tout ce qu'il me fallait faire que c'en était agaçant. Il m'arrivait même de me construire cérébralement toutes sortes de fantaisies bien personnelles (que je n'étais pas en train de faire l'amour avec quelqu'un, par exemple, mais que je me masturbais toute seule ou encore que je faisais l'amour avec une machine ou encore que je me frottais avec une tringle). Et chaque fois, II y avait en moi une telle anxiété, une telle peur de ne pas jouir, que j'avais l'impression d'être deux: une fille qui faisait l'amour et une autre fille qui la regardait faire l'amour dans son petit coin.

 

Une nuit, alors que nous n'avions pas fait l'amour depuis quelques jours, nous avons fumé, Bob et moi, et nous étions complètement stones. Ca devait faire presque un an, que je n'avais pas fumé; j'avais assez de mal à remettre de l'ordre dans ma tête comme ça. Puis, nous sommes partis au cinéma avec des amis. C'était une soirée très décontractée, sans cette espèce d'intensité émotionnelle que je ressentais toujours quand j'étais avec Bob. Quand nous sommes rentrés à la maison, j'étais relaxée, très calme, molle même, sans le moindre brin de cette énergie à chercher l'orgasme.

 

Cette nuit-là, l'orgasme est venu sans que je m'y attende, tout d'un seul coup, dans tout mon corps et dans toute ma tête-, le second orgasme fut encore meilleur.

 

Depuis ce temps, plus besoin d'être stone, plus besoin de manipulations manuelles (les doigts de Bob sont assez durs), je peux presque à coup sûr compter sur un orgasme complet et s'il ne vient pas, ce qui est rare, je n'en fais plus toute une histoire. Ce sera pour la prochaine fois.

 

Si Bob vient le premier, il s'arrange pour demeurer en dedans de moi et continue de remuer tant que je ne viens pas — vaginal ou clitoridien, le genre de contact ne parait pas avoir de réelle importance. En réalité, je crois qu'un contact vaginal et une stimulation clitoridienne font l'affaire parfaitement.

 

Une analyse

 

Selon mes réflexions, il y a trois faits personnels, historiques qui rentrent en ligne de compte dans l'activité sexuelle. Et ces trois faits doivent être surmontés.

 

Nous connaissons tous le premier: la moralité, ce sentiment que le sexe est une activité dégradante, que nous sommes mauvais d'une part et que de l'autre nous sommes exploités. Ce point est important. Je me suis aperçu en effet que ce qui précède immédiatement l'orgasme est ce sentiment de DESIRER vraiment le pénis (et la personne), souhaiter qu'il pénètre en moi le plus profondément possible, l'aspirant littéralement et voulant l'éjaculation. Cela correspond, d'ailleurs, à ce que m'ont dit des garçons: juste avant qu'ils ne viennent, ils désirent pénétrer au plus profond de la femme, s'ensevelir en elle.

 

Ce DESIR semble être dans une grande part dans ce qui me fait parvenir à l'orgasme. Un désir cérébral. Mais c'est bien difficile de DESIRER quelque chose dont vous pensez que c'est une exploitation, quelque chose que, à un certain niveau, on vous force à faire, qui est, par surcroît, comme l'aveu d'une défaite de vous-même et de votre sens moral (!). Comment est-ce que l'on peut désirer CELA? Cependant, en cherchant vraiment ce qui est agréable, on arrive très bien à éliminer ces moments courts mais puissants où l'on se sent exploité, et, peu à peu, on arrive à oublier complètement cette idée d'exploitation. Dans la mesure, bien entendu, où vous faites l'amour en toute liberté, avec une personne qui vous plaît vraiment.

 

Le second point est un authentique harassement. Il s'agit des garçons qui, le plupart du temps, sont tellement énervés, tellement excités et tellement ineptes quand ils se mettent à faire l'amour, qu'il leur devient à peu près impossible de nous attendre. Ce qui arrive, c'est que nous commençons à être excitées quand ils ont déjà terminé et que l'on reste alors comme suspendues, un peu idiotes et complètement vidées. INCROYABLE frustration. Quelques-unes comme ça, imposées à votre corps, et tout risque d'être détruit. Si c'est votre cas, si votre type est dans cette catégorie de garçon, un bon conseil, lâchez-le au plus vite, A ce prix-là, vous pourrez réapprendre à faire l'amour correctement.

 

Lors de votre rééducation, ne vous pressez jamais. De longs après-midi et de longues nuits, sans autres soucis, avec un garçon ouvert à vos problèmes et qui veut participer à leur résolution, voilà encore la meilleure façon.

Enfin, le problème de LA position. J'ai commencé à m'en sortir quand j'ai trouvé là bonne position, dans laquelle il m'était possible de me masturber avec Bob en dedans de moi, sans dépendre de lui pour la stimulation manuelle.

 

Persévérez

 

Quant à la troisième chose, elle consiste dans un simple manque d'assurance. Les femmes, en effet, ont tendance à croire que les hommes sont des êtres extraordinairement fragiles, et qu'ils risquent d'être détruits complètement à la seule pensée qu'ils ne sont pas une incarnation de Dieu au fit. C'est sans doute vrai pour quelques-uns d'entre eux, mais pas pour tous. Pour ces derniers, pourquoi ne les laisserions-nous pas, eux-mêmes face à leurs problèmes, à leur vérité, quitte à en discuter, plutôt que de donner un support à leur fantastique puissance théorique? Dieu du ciel, qui sont-ils donc pour être préservés de cette façon? Et même, si l'on y pense bien, est-ce vraiment les aimer et les respecter que de les laisser avec de telles illusions?

 

Premier point: onze ans de frustration, de peur, de peur de chien couchant, d'amertune, de résignation, onze ans effacés au moment même où je m'engageais sur la route du progrès avec pour devise: il faut que ça change. Et ce, avant même que je croie que ça pouvait REELLEMENT changer. Ce dernier point mérite un peu de réflexion: comment est-ce que j'ai pu soudainement me décider à prendre en main une situation qui m'a effrayée pendant tant d'années? Il est clair, a mes yeux, que j'ai pu le faire parce que Bob ne m'inspirait non seulement aucune crainte, mais surtout parce qu'il souhaitait que je le fasse. Je savais à l'avance que s'il désapprouvait en moi quoi que ce soit, quelque chose que je disais ou que je faisais, il me l'aurait dit. Il me l'aurait dit, non pas pour exprimer quelque ressentiment, ou pour raffermir une virilité qu'il aurait senti menacée, mais tout simplement pour poser une question. Le problème est de trouver un environnement possible pour pouvoir poser ses propres revendications. Revendiquer un droit, ce n'est pas être agressive, ni hostile. Revendiquer, c'est tout simplement montrer où l'on est.

 

J'ai une amie qui ne peut arriver à l'orgasme que si elle fait l'amour avec un homme d'affaires, ennuyeux et chauve. Elle se sent en confiance avec ce type d'homme. Je suis dans le même cas. Il a fallu d'abord que je me sente en confiance avec Bob. Si vous êtes de ce genre de femme capable de dire à un homme que vous voulez avoir tout ce que vous êtes en droit de désirer sexuellement et que, s'il n'est pas capable de vous le donner, qu'il aille se promener ailleurs, tant mieux pour vous. Vous n'en serez que plus forte. Mais, si vous êtes plutôt dans mon genre, trop oppressée pour tenir un tel langage, vous pouvez quand même gagner lentement vos points et arriver à recevoir ce que la vie vous donne à vous comme aux autres. Mais il vous faudra grimper une colline avant d'escalader d'un pied léger les montagnes. Ma voix, d'ailleurs, n'est pas la seule. Cela me rappelle ce genre de dits-révolutionnaires qui prétendent que certaines femmes confondent la liberté avec un orgasme plutôt qu'avec l'ensemble de la révolution socialiste. Foutus ânes. Je ne vois pas comment une femme peut commencer à lutter contre les injustices sociales tant qu'elle n'a pas réglé ses injustices sexuelles.

 

Même si nous les voyons, tant que nous ne pouvons pas nous revendiquer nous-mêmes comme des êtres humains complets, actifs et capables de rendre service. Cette impossibilité de faire l'amour avec abandon et plaisir est un vrai symptôme de notre état profond de non-revendication (genre de peur globale) qui nous transforme en être inapte aux services qu'attend de nous le monde.

 

Jouissez ensemble

 

En réalisant ce texte, je m'aperçois que j'ai sans doute trop mis l'accent sur le fait de venir à l'orgasme sans stimulation manuelle, comme si tel était le but: de venir sans stimulations manuelles d'aucune sorte. Même si c'est très agréable de jouir sans stimulations manuelles, le point important n'est pas là. L'important, pour une femme, c'est de se sentir en complète liberté durant l'acte sexuel, de faire exactement ce qu'elle aime et d'amener son partenaire à y participer avec plaisir. Et la liberté est une chose ardue à obtenir. De toutes façons, nous les femmes conscientes, avec des problèmes et des solutions différentes, nous sommes quand même ensemble car nous avons toutes eu, un jour ou l'autre, ce même genre de sales problèmes. C'est pourquoi nous devons partager nos problèmes et nos solutions.

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